Les outils de visioconférence ont, eux, évolué vers des services dans le cloud en s’élargissant à des fonctions collaboratives. De quoi modifier largement le choix des équipements de communication et leur architecture dans les salles de réunion.
Avec le développement du télétravail, les réunions traditionnelles en mode présentiel ont dû s’ouvrir vers l’extérieur pour accueillir des participants à distance. Christophe Girardet, chef de produit chez Videlio, rappelle que « pendant longtemps il y avait d’un côté des salles de réunion et de l’autre des salles de visioconférence. On se rendait dans l’une ou l’autre en fonction de ce que l’on voulait y faire. Avec la crise sanitaire, toute salle de réunion est devenue une salle collaborative. »
Du côté de la visioconférence, le marché s’est fortement transformé avec l’arrivée des plates-formes collaboratives comme Teams de Microsoft, Zoom, Google Meet ou encore Cisco Webex parmi les plus présentes en France. Leurs offres respectives sont proposées avec deux niveaux d’abonnement : l’un pour un usage individuel avec une application installée sur l’ordinateur individuel, une tablette ou un smartphone, le second intitulé « Rooms » pour équiper une salle de réunion et venir concurrencer les systèmes traditionnels des salles de visioconférence.
Deux grandes catégories de salles de réunion
Tous les interlocuteurs interrogés pour cet article ont proposé de classer l’équipement des salles de réunion en deux grandes architectures. Chacun a employé une terminologie qui lui est propre, que nous tentons de regrouper sous deux appellations : les salles autonomes ou légères en mode BYOD (Bring Your Own Device) d’un côté et les salles intégrées avec outils collaboratifs de l’autre installés à demeure. Pour éviter les contresens possibles et les confusions induites par certains termes, nous précisons ce que recoupe chaque type de salles.
Avec la crise sanitaire et le développement du travail à distance et des réunions hybrides, la mise en place d’un minimum de fonctions collaboratives est devenue incontournable dans toutes les salles de réunion quels que soient leurs tailles et leur usage. Pour Christophe Girardet (Videlio) « le critère déterminant entre les deux types de salle se situe au niveau de la localisation de l’intelligence de la salle et de la gestion des communications. Pour les salles que l’on peut appeler “light” ou autonomes, c’est le PC apporté par l’un des participants en mode BYOD qui servira à établir la communication à distance avec les autres participants. »
Pour dépasser les contraintes induites par sa caméra intégrée, son micro et son haut-parleur dans un cadre collectif, cet ordinateur sera associé à des périphériques raccordés en USB, en général une barre de son avec caméra incorporée et un grand écran LCD fixé au mur.
Christophe Giradet (Videlio) poursuit : « La seconde catégorie de salles est celles dites intelligentes ou intégrées, avec un système de communication collaboratif installé à demeure, composé d’une unité centrale dédiée sur laquelle tourne l’applicatif d’un service de visioconférence comme Teams, Zoom ou encore Google Meet. Elle est associée à une tablette tactile qui sert à établir les communications vers les autres participants à distance et à gérer les divers périphériques qui y sont reliés. »
Cette répartition des salles de réunion en deux grandes catégories, les salles légères en mode BYOD et celles intelligentes dotées d’un outil collaboratif permanent, trouve son origine dans le passé, avec l’équipement classique des salles de réunion, d’un côté doté d’un système de vidéoprojection (remplacé depuis par un écran LCD) pour échanger localement autour d’un contenu affiché à l’écran et, d’un autre côté, les salles de visioconférence dont l’usage était en principe limité à cette fonction. Elles sont alors équipées d’un système à double écran affichant l’un le site distant et l’autre le contenu informatique partagé, accompagnés d’une ou plusieurs caméras et d’un dispositif de prise de son. Tous ces périphériques sont alors raccordés sur une unité électronique dédiée assurant les fonctions de codec de compression, d’interface réseau, de pilotage et de gestion de la liaison. Ces systèmes étaient alors conçus par des constructeurs spécialisés comme Poly, Cisco, Starleaf, Lifesize et fournis comme un système complet, souvent fermé et propriétaire.
Les salles légères en mode BYOD
Pour équiper une salle légère fonctionnant en mode BYOD, l’équipement minimal à prévoir comprend outre l’écran mural LCD (avec une diagonale allant de 40 à 75 pouces, voire 86 pour les plus grandes), une simple webcam et un petit système audio mains libres de type galette (ou speakerphone) regroupant haut-parleur de table et plusieurs capsules de microphones. Tous ces périphériques sont raccordés en USB sur l’ordinateur portable apporté par l’un des participants.
Pour tous nos interlocuteurs, il se dégage un consensus pour l’équipement des salles légères en mode BYOD. Sébastien Romao, responsable avant-vente audiovisuel chez Exaprobe explique que « les clients souhaitent entrer dans un espace, où l’expérience utilisateurs reste simple, équipée principalement d’un moniteur et d’un système tout en un avec caméra, microphone et haut-parleur. Cela constitue la solution idéale et épurée pour les salles légères. C’est simple et rapide à installer. Nous avons créé des bundles pour que nos commerciaux puissent les proposer facilement à nos clients. Pour des espaces plus grands, nous rajoutons des micros de table ou mieux installés en plafond et des haut-parleurs. Ensuite c’est du sur-mesure qui nécessite une étude spécifique. »
De son côté Matthieu Pouzaud, conseiller technique avant-vente chez Sidev, confirme aussi sa préférence pour la barre de son avec sa caméra, ses haut-parleurs et des capsules micros intégrées : « Le montage est simple, tout est calibré et c’est du temps de gagné par rapport à des éléments séparés. Seule reste à part la liaison HDMI vers l’écran d’affichage. Avec une caméra indépendante, il faut gérer de manière séparée la prise de son et la diffusion sonore, ce qui complique le câblage et l’utilisation de la salle. Les barres de son ont fait de réels progrès et offrent un vrai confort acoustique. En associant les trois éléments caméra, micro et haut-parleur dans un système unique, le constructeur optimise leur fonctionnement. »
Attention au risque de confusion avec la dénomination « barre de son » couramment employé sur le marché de la Hi-fi et qui se limite juste à un amplificateur et des haut-parleurs. Il est préférable de désigner ce genre d’équipement avec caméra et micros, comme « barre audiovisuelle » ou « barre collaborative ».
Toute la gestion des communications se fait depuis le micro-ordinateur apporté en salle pour la réunion par l’un des participants. Son utilisateur établit directement la liaison vers les autres participants distants depuis son logiciel de visioconférence ou un navigateur dans le cas d’une invitation envoyée par l’animateur de la réunion, et ce dans une configuration de travail qui lui est familière.
Trois modes de raccordement à l’ordinateur
Pour raccorder cet ordinateur aux divers équipements de la salle, plusieurs solutions sont possibles. La plus traditionnelle consiste à raccorder chaque périphérique de la salle sur un connecteur USB 3.0 de l’ordinateur ainsi que la sortie HDMI à l’écran. Mais depuis que les ordinateurs récents sont munis d’un connecteur USB-C, il est possible d’installer sous la table un dock USB-C (appelé aussi hub ou station d’accueil). Un câble unique sort de dessous la table et transporte à la fois les signaux USB vers les périphériques (webcam, station audio de table ou barre audiovisuelle), la sortie écran de l’ordinateur, l’accès au réseau et l’alimentation électrique. Cette opération est beaucoup plus rapide et élimine le fatras de câbles habituel sur la table de réunion.
Même si cette solution est très commode, Matthieu Pouzaud (Sidev) met en garde sur l’utilisation de l’USB-C par rapport à l’hétérogénéité des signaux transmis sur ce nouveau connecteur, en particulier au niveau des signaux vidéo de la sortie écran. L’USB-C est un format de connecteurs qui permet le transport de multiples signaux numériques. La palette de ceux réellement disponibles et leurs formats dépendent du concepteur de la carte mère de l’ordinateur utilisé.
Dans le cas d’un parc homogène géré par la DSI au sein d’une entreprise, les caractéristiques du dock USB-C seront choisies en fonction des spécifications USB-C des ordinateurs et cela ne pose pas de problème d’exploitation après validation. Par contre, dans le cas d’accueil de visiteurs avec une large palette de machines distinctes, des problèmes de compatibilité peuvent survenir. Matthieu Pouzaud pense que ces difficultés devraient disparaître à terme lorsque la disponibilité de ce connecteur sera systématique sur l’ensemble des machines commercialisées et que les constructeurs et/ou le consortium USB auront uniformisé leurs offres.
La troisième solution pour relier l’ordinateur portable réside dans la mise en place d’une liaison sans-fil entre l’ordinateur portable et les périphériques de la salle. Ces outils sont devenus incontournables et ont été popularisés par le ClickShare de Barco. Avec la sortie du nouveau modèle Conférence, il devient possible de diffuser les images de l’ordinateur vers l’écran et de rapatrier les signaux des périphériques raccordés au boîtier ClickShare vers l’ordinateur. Barco diffuse une liste impressionnante de périphériques compatibles avec son nouveau système Conférence. Pour l’utilisateur final, la mise en œuvre reste toujours aussi simple avec le raccordement du bouton (ou dongle) ClickShare sur le port USB de son ordinateur. Une pression sur le bouton central déclenche l’affichage de l’image de l’ordinateur sur l’écran de la salle raccordé au boîtier central ClickShare. L’acquisition du ClickShare conférence représente un coût supplémentaire non négligeable mais apporte un confort d’utilisation et une meilleure fiabilité en supprimant toutes les causes de panne liées aux câbles et à la connectique.
Geoffroy Dauchy, responsable d’affaires chez Digitalis, constate que le ClickShare est en position dominante, mais installe aussi les passerelles Solstice de Mersive qui, comme celles de Biamp, fonctionnent aussi sans dongle et offrent des fonctions collaboratives spécifiques. Pour lui, « le sans-fil apporte vraiment la sérénité aux participants et aux équipes techniques ! ».
Les salles collaboratives avec système intégré
La seconde catégorie de salles de réunion de type collaboratif, celles que nous définissons avec système intégré, se situe en filiation directe des anciennes salles de visioconférence avec leurs aménagements et leurs équipements dédiés. Avec l’arrivée des plates-formes collaboratives et de visioconférence, l’architecture des systèmes de communication voix et images a été totalement bouleversée. Se basant sur des infrastructures déployées dans le cloud sous un mode SaaS (Service as a Software), les systèmes de visioconférence sont passés d’outils intégrés associant écrans LCD, caméras, micros et unité de traitement, entièrement propriétaires fournis pour des acteurs spécialisés à des systèmes ouverts, séparant complètement la partie logicielle et services des équipements électroniques et des périphériques de captation.
Chacune des quatre grandes plates-formes a défini des spécifications techniques pour son service, à la fois au niveau du software mais aussi des périphériques. Elles valident les équipements compatibles et en publient la liste sur leur site respectif.
Trois architectures pour les salles selon la taille
Selon la taille de la salle et du nombre de participants, plusieurs agencements sont possibles. Le premier est basé sur une architecture en éléments séparés avec au centre du dispositif une unité centrale qui gère les communications et à laquelle sont raccordés les divers périphériques. C’est en son sein que se trouve toute l’intelligence de la salle et son rôle est similaire à celui des anciens codecs de visioconférence. Elle prend en général la forme d’un NUC et reçoit une version spécifique de l’OS (Windows ou Android) associé au logiciel développé spécifiquement par le service collaboratif. Ces unités reçoivent des dénominations spécifiques à chaque constructeur sans qu’un nom générique leur soit attribué : la gamme Flex UC de Crestron, le ThinkSmart de Lenovo, l’Elite Slice G2 de HP…
Les périphériques se raccordent directement sur cette unité via des ports USB pour la ou les caméras, les micros de table ou la barre audiovisuelle et HDMI pour le raccordement du grand écran et enfin un accès réseau pour communiquer à distance. Cette unité centrale est fixée soit à l’arrière de l’écran ou sous la table de réunion. Pour la contrôler ainsi que les périphériques et gérer les communications, elle est très souvent associée à une tablette tactile dont l’interface homme machine (IHM ou GUI) a été développée par le concepteur de la plate-forme collaborative dans un souci d’ergonomie et d’unification des commandes quel que soit le hardware choisi. Ces tablettes sont proposées par de nombreux constructeurs comme dans la série Flex de Crestron, le Tap de Logitech, mais souvent spécifiques à un service.
Cette architecture répartie en multiples éléments séparés convient pour les salles d’une certaine capacité (en général de huit à trente personnes selon les nombreux schémas synoptiques publiés sur les sites des constructeurs) où les périphériques de captation et de diffusion doivent être démultipliés. Pour des salles d’une capacité plus limitée, de nombreux constructeurs réintègrent l’unité centrale de gestion dans l’un des périphériques, soit la barre audiovisuelle (ou collaborative) comme dans les systèmes X30 ou X50 de Poly ou les Rally Bar de Logitech, la Videobar VB1 de Bose ou encore dans des grands écrans LCD comme ceux la Surface Hub 2S de Microsoft ou les écrans tactiles d’Avocor pour Google Meet.
Concernant les barres audiovisuelles, il faut être vigilant sur leurs caractéristiques et fonctionnalités car de nombreux modèles sont de type « passif » et se limitent à des fonctions de capture (vidéo et/ou audio) et de diffusion sans aucune intelligence et seuls quelques modèles comme ceux cités plus haut reçoivent toutes les fonctions « intelligentes » de communication et de contrôle. Pour les grands écrans, certains modèles sont dotés en outre de fonctions tactiles et enrichissent encore l’expérience collaborative. Mais leur choix doit être évalué en fonction des habitudes de travail et du type d’interaction et de collaboration pratiquées au cours des réunions de travail à distance.
Libérer la table de réunion des câbles et accessoires
Trop souvent les tables de réunion se trouvent encombrées par des câbles, des panneaux de raccordement ou des accessoires, en particulier pour la prise de son. À force d’être manipulés ou déplacés par les utilisateurs ou les équipes d’entretien, des connecteurs peuvent être débranchés par inadvertance ou des câbles présenter des faux contacts altérant les signaux. Comme décrit plus haut, les systèmes de passerelle sans-fil éliminent ces inconvénients pour les sorties écran des ordinateurs.
Pour les salles de petite capacité, l’installation d’une barre vidéo supprime la présence des micros sur la table. Pour les salles de plus grande capacité, la solution consiste à poser un ou plusieurs dispositifs de prise de son multicapteurs souvent dénommés galettes, pieuvres ou encore speakerphone, mais les risques de connecteurs défaillants subsistent encore.
Ces dernières années, les spécialistes de la prise de son (Shure, Sennheiser, ClearOne, Yamaha, entre autres) ont développé des outils de prise de son innovants adaptés aux salles de réunion. Dans un boîtier posé sur table, ou dans une barre audiovisuelle ou encore dans une dalle de plafond, ils ont multiplié les capsules micro en les associant à un traitement numérique sophistiqué.
Ce nouveau type de micros, souvent désigné par leur nom commercial Microflex Advance chez Shure ou TeamConnect chez Sennheiser, évite d’affecter un microphone traditionnel à chaque participant. Le dispositif sera raccordé aux équipements de la salle par réseau de manière à le contrôler et affiner chaque zone active de capture à la position des divers interlocuteurs. Cette technologie de « beam forming » est également disponible dans d’autres produits, en particulier des barres audiovisuelles comme celles de Nureva.
Même si elles sont encore onéreuses, ces solutions permettent d’obtenir une prise de son de qualité et avec des algorithmes de plus en plus sophistiqués dopés par l’IA pour délimiter les zones actives de prise de son et éliminer les autres sources de perturbation dans la salle de réunion. Au-delà de la fonction d’annulation d’écho, indispensable pour obtenir des échanges à distance sans effet larsen, d’autres traitements numériques sont associés au niveau de l’unité centrale.
L’une des dernières fonctions ajoutées à ces traitements est la suppression du cliquetis des touches lorsqu’un participant utilise son clavier en cours de réunion. Elles permettent par ailleurs de détecter les positions des intervenants lors d’une discussion et d’orienter la caméra motorisée vers la personne qui s’exprime grâce à la fonction autotracking.
Tout en constatant l’apport qualitatif apporté à la prise de vue et à la prise de sons grâce à ces traitements numériques, Matthieu Pouzaud (Sidev) met en garde sur les écarts ressentis au niveau acoustique entre le local où se déroule une démonstration convaincante et la salle où sera déployé au final l’équipement. Il prône une analyse détaillée des conditions acoustiques de la salle à équiper et l’utilisation d’outils (traitement DSP et micros) offrant avec une large palette de réglages et une puissance suffisante de traitement, pour compenser les défauts acoustiques induits par les dimensions du local, le traitement des parois et les modes d’intégration.
Avec leur connexion réseau, tous ces nouveaux systèmes de prise de son offrent des capacités de supervision beaucoup plus complètes. Sébastien Romao (Exaprobe) pense que « la supervision des équipements permet d’avoir une visibilité globale du parc déployé, de suivre l’activité en temps réel ainsi que l’anticipation d’un incident. Cela apporte un avantage décisif et une proactivité pour les opérations de maintenance. Sans ces outils de supervision, l’incident est perçu par l’utilisateur final, ce qui génère un stress et perturbe la réunion en cours. Une action manuelle est requise par un technicien pour y palier en urgence. »
Veiller à la sécurité
Dès que l’on prononce le mot « sans-fil », beaucoup d’utilisateurs s’inquiètent à propos de la confidentialité des échanges. Face à cette préoccupation, Matthieu Pouzaud (Sidev) tient à rassurer les clients en précisant que « par exemple sur le ClickShare, la liaison se fait en mode point à point sans aucun accès direct au réseau de l’entreprise. Le modèle Conférence est conforme aux recommandations ISO 27001 consacrées aux procédures de sécurité informatique. Souvent les équipements de partage disposent de deux ports réseau permettant de séparer les flux de données. »
Les exigences du client en termes de sécurité vont dépendre du domaine d’activité de l’entreprise. Pour celles où la protection des données est une préoccupation permanente (secteur bancaire, agences gouvernementales ou ministères, le secteur de la défense ou les centres de recherche entre autres), Sébastien Romao (de chez Exaprobe qui a un département spécialisé en sécurité) explique que « lors d’un projet, les questions de sécurité seront examinées à plusieurs niveaux. D’abord au moment de l’offre par une analyse des besoins du client, des documentations et des spécifications des matériels. Selon le niveau de sensibilité du client à ces questions, des spécialistes de la DSI pourront être associés et venir renforcer les équipes en charge du projet d’équipement des salles. Si les données consultées ou affichées dans la salle doivent circuler sur le réseau interne de l’entreprise, une analyse plus fine des failles de sécurité sera lancée. Si les risques paraissent trop élevés, les liaisons sans-fil seront abandonnées et tout le trafic passera par un réseau filaire. Dans d’autres cas, l’usage du cloud sera banni et tous les services et applicatifs seront hébergés en interne sur site. Mais ces situations restent assez rares. Dans les entreprises classiques nous avons plus de possibilités. »
L’interopérabilité entre les plates-formes
Chacune des plates-formes collaboratives (Microsoft Teams, Cisco Webex, Zoom et Google Meet pour les principales) est basée sur des caractéristiques propriétaires qui empêchent par principe leur interopérabilité. En général, la DSI d’une entreprise choisira un service et tous les collaborateurs et les salles de réunion seront équipés en conséquence des mêmes applications et services de telle manière qu’une réunion interne ne posera aucune difficulté d’échanges et chacun pourra profiter de la totalité des fonctionnalités du service.
Les difficultés commenceront à survenir lorsqu’il s’agira d’intégrer un participant extérieur à l’entreprise. Dans ce but toutes les plates-formes prévoient un mode invité avec lequel l’initiateur de la réunion enverra un lien URL à la personne extérieure qui se connectera alors via un navigateur Web. Il faut noter que ce mode invité fonctionne en mode dégradé et que des fonctions collaboratives évoluées ne sont plus disponibles.
Pour l’utilisateur d’un équipement en mode BYOD cela ne pose aucune difficulté particulière que la communication soit lancée depuis un ordinateur individuel ou depuis une salle de réunion. Par contre, s’il s’agit de connecter une salle de réunion fonctionnant sous une plate-forme donnée vers un autre environnement collaboratif, les choses deviennent un peu plus délicates.
Matthieu Pouzaud (Sidev) explique que « pour prendre en compte cette demande d’interconnexion de systèmes différents, il y a deux approches possibles. Pour répondre à des besoins ponctuels, la solution la plus simple est d’apporter son ordinateur portable, même dans une salle collaborative équipée en système intégré et de le brancher en USB sur l’unité centrale pour récupérer la connexion aux périphériques de la salle. Ensuite la réunion sera lancée depuis le portable en mode invité. Si la connexion vers une plate-forme différente de celle la salle est récurrente et si cette demande fait partie du cahier des charges, il sera nécessaire de passer via une plate-forme d’échanges distincte. »
Plusieurs systèmes sont compatibles H.323, ce qui facilite déjà les échanges inter plates-formes. De son côté, Geoffroy Dauchy (Digitalis) préconise de travailler en mode hébergé avec des plates-formes telles que Starleaf dont les protocoles sont disponibles sur de nombreux équipements. Les constructeurs traditionnels de visioconférence comme Starleaf ou Poly avec leur antériorité sur ces marchés ont développé un vrai savoir-faire pour gérer des services d’échanges qui facilitent la mise en place de communications entre plates-formes distinctes.
Christophe Girardet (Videlio) note de son côté, que la question de l’interopérabilité concerne aussi la connexion des services récents à des infrastructures plus anciennes : « Un groupe international ne va pas jeter ses trois cents salles de visio dans le monde du jour au lendemain. Ce n’est pas toujours simple de s’y raccorder. Mais une fois en place, ce n’est pas trop compliqué à utiliser. »
Récemment Google a annoncé que sa plate-forme Meet pouvait se connecter directement sur les salles équipées en Webex. Il y a fort à parier que ces modes d’échange directs inter plates-formes vont se développer et faciliter ainsi les communications entre des infrastructures distinctes.
Quel type de salle choisir ?
Pendant longtemps, les entreprises tertiaires aménageaient leurs locaux avec des salles de réunion d’un côté et des salles de visioconférence de l’autre. On allait dans la salle en fonction de ce qu’on voulait faire. Avec la généralisation du télétravail, quand on lance une réunion, on ne sait pas où seront les participants, soit tous présents sur place ou certains à distance chez eux ou en déplacement. Il faut donc être prêt à démarrer une session collaborative immédiatement.
Les spécialistes de l’aménagement de bureau considèrent que dans les immeubles tertiaires, il faut prévoir une salle de réunion pour six à huit postes de travail. Équiper toutes ces salles avec un système collaboratif intégré complet conduirait à des budgets conséquents.
Christophe Girardet (Videlio) explique : « En réalité les deux architectures coexistent au sein d’une même entreprise. Et il ne faut pas voir cette opposition sous le seul angle budgétaire. Dans les appels d’offres importants que nous recevons ici chez Videlio, il y a un certain nombre de salles collaboratives en mode tout intégré, reliées à des systèmes centraux de pilotage et de supervision. En complément, il y aura des salles légères et autonomes fonctionnant en mode BYOD dont parfois l’installation est traitée en local, indépendamment du projet central. Ces dernières sont placées à proximité des open spaces pour permettre une réunion à la volée lorsque deux ou trois personnes doivent échanger autour d’un projet ou communiquer à distance de manière un peu prolongée. »
Exploitation de la salle et interfaces de commande
L’ergonomie des interfaces de commande et la simplicité d’emploi des outils de communication installés dans la salle sont deux éléments clés pour la réussite du projet et un usage efficace des équipements mis en place.
Geoffroy Dauchy (Digitalis) explique que dans ces domaines « il faut des solutions simples et intuitives. N’importe quel utilisateur doit pouvoir entrer dans la salle et démarrer sa réunion très rapidement. Notre travail en tant qu’intégrateur est de faciliter les connexions de tous ces équipements en mettant à disposition des boîtiers à boutons du type MLC d’Extron en limitant les commandes à la mise en route du système, une sélection des sources et une commande de volume audio. Selon le niveau de complexité des équipements, on pourra prévoir un automate plus complet avec une dalle tactile. Ainsi on élimine les télécommandes infrarouges et tous les tracas liés leur disparition ou aux piles vides. »
De son côté, Sébastien Romao (Exaprobe) reprend la typologie des salles détaillée plus haut : « Dans une salle légère en mode BYOD, l’utilisateur vient avec son ordinateur et il retrouve son environnement habituel de travail, associé aux périphériques de la salle. La prise en main est immédiate. Par contre, dans les salles avec un équipement dédié, il devra manipuler des interfaces spécifiques et là un minimum d’adaptation à l’utilisation est nécessaire. Les utilisateurs vont naviguer entre des salles différentes au gré des réunions, il est impératif d’unifier l’agencement des interfaces dans chacune d’elles. Si l’usage de la salle reste simple, les participants à la réunion sont satisfaits et reviennent volontiers. Si c’est trop compliqué, ils la boudent et ça conduit à un investissement mal rentabilisé. »
Christophe Girardet (Videlio) revient sur l’intégration des salles de réunion dans les réseaux desservant l’ensemble du bâtiment : « La salle de réunion est au croisement de plusieurs fonctions. Mais il faut toujours distinguer les deux niveaux : les salles légères en mode BYOD qui sont les plus nombreuses et à proximité directe des espaces de travail utilisées sans réservation préalable. Les salles avec système collaboratif intégré sont elles-mêmes reliées au système de réservation de salles du bâtiment. Leur connexion ne se limite pas à ce seul service. Dans un bâtiment intelligent, elles sont aussi reliées à d’autres capteurs : de présence pour connaître le nombre réel de personnes présentes, des capteurs de température, de CO2 ou autres outils IoT (Internet des objets). Elles doivent offrir une véritable interopérabilité pour proposer toute une palette de services et améliorer le confort global. »
Dans le cadre de leur communication, les entreprises sont amenées à diffuser des tutos, des webinaires souvent conçus à partir de présentations similaires à celles utilisées en cours de réunion. Il est alors indispensable d’enrichir une simple communication par visioconférence avec quelques éléments graphiques ou de multiplier les axes de prise de vues pour donner plus de dynamisme qu’avec une simple webcam.
Sans transformer la salle de réunion en plateau TV, certains constructeurs ont développé des accessoires légers pour améliorer l’éclairage de la salle et éviter la lumière zénithale des dalles lumineuses, ou des moyens de raccorder facilement des outils de mixage vidéo comme les petits mélangeurs Atem Mini de Blackmagic. Cette tendance n’est bien sûr pas à généraliser pour l’ensemble des salles de réunion mais à envisager pour quelques salles destinées à concevoir et diffuser des communications plus élaborées.
ZOOM SUR…
- Videlio
Le métier de Videlio est à la fois de concevoir, intégrer et opérer des solutions audio vidéo professionnelles. Avec plus de mille salariés et ses vingt-sept agences, dont dix-huit en France et neuf à l’international, le groupe intervient sur tous les secteurs de l’audiovisuel depuis le broadcast avec la conception de cars régie, l’événementiel, l’intégration audiovisuelle et la gestion de services. Dans le domaine du corporate, il a développé des compétences dans l’aménagement des espaces de travail, les outils collaboratifs, l’affichage dynamique entre autres.
- Sidev
Depuis trente ans, Sidev accompagne les professionnels intégrateurs de l’audiovisuel dans toute la France en tant que distributeur et grossiste à valeur ajoutée. Avec son équipe technique, il assiste ses clients pour trouver des solutions innovantes à leurs projets dans un accompagnement avant-vente et après-vente. Disposant de deux showrooms à Paris et à Lyon, il organise régulièrement des présentations thématiques et des actions de formation. Parmi la soixantaine de marques distribuées, Barco, Biamp, AMX, Shure, Poly, Samsung, LG, Panasonic…
- Digitalis
Digitalis est un intégrateur audiovisuel spécialisé dans les systèmes de visioconférence, la digitalisation des espaces de travail collaboratifs, les salles de conférences et les auditoriums ainsi que les solutions d’affichage dynamique. Basée à Rennes et à Paris, l’entreprise intervient principalement en Bretagne, Normandie, Pays de Loire et région parisienne. Elle compte à son actif de nombreuses réalisations parmi lesquelles plusieurs tribunaux, la Banque Populaire, le Crédit Agricole, BPI France, l’Agence Internationale de l’Énergie, le groupe K-Line, Carl Zeiss, Ag2R La Mondiale et de nombreuses PME et administrations.
- Exaprobe
La société Exaprobe, filiale du groupe Econocom, a pour objectif de concevoir, intégrer et opérer, sur site ou dans le cloud, des solutions réseaux, sécurité, communications unifiées et audiovisuelles. Avec ses 235 consultants et ingénieurs, répartis sur six agences en France, elle offre des prestations dans le domaine des réseaux intelligents (infrastructures, gestion des WAN et optimisation des performances), de la sécurité des systèmes d’information et enfin de la numérisation de l’environnement de travail. C’est dans ce cadre qu’elle a développé une expertise dans les outils de travail collaboratif, la visioconférence et l’aménagement des salles de réunion.
Article paru pour la première fois dans Sonovision #25, p. 62-70.














