Les micros installés au plafond ou au mur pour une captation globale dans un espace représentent un système de captation particulier. Ce sont des sortes de matrice de micros qui captent de façon sélective le son de l’orateur en rejetant les bruits annexes. Comment cela fonctionne-t-il ? Quels sont les avantages de ces solutions ?
Alice Verhauven de la société Televic, distribuant les micros de la marque canadienne Nureva, et Ludovic Sardnal de chez Algam Entreprises, distribuant la marque américaine Shure, étaient présents sur les plateaux de la Satis TV pour répondre à ces questions et présenter les solutions des marques qu’ils représentent.
Sonovision : Comment fonctionne ce fameux micro Nureva ?
Alice Verhauven : Nureva a développé une solution il y a trois ans, dont notamment la Microphone Mist Technology. Cette technologie permet de projeter dans l’espace 8 192 microphones virtuels. Le système va calibrer l’espace et pouvoir projeter des microphones virtuels partout dans la pièce. Peu importe où vous allez être ou la direction vers laquelle vous allez regarder, le système va avoir une capsule de micro virtuels qui va pouvoir vous capter et restituer l’audio.
Nureva, c’est avant tout une gamme avec trois produits qui s’adaptent à chaque taille de salle. Le HDL200 est un produit pour les petits espaces jusqu’à 30 m2, le HDL300 convient pour les espaces jusqu’à 60 m2 et enfin le DUAL HDL300 est simplement l’addition de deux barres HDL300 pour des espaces plus grands allant jusqu’à 130 voire 140 m2.
Le HDL300 utilise une technologie de calibration en continue qui permet de moduler ses salles et de pouvoir les déplacer en bougeant le mobilier, ajouter un nombre de personnes sans souci, sans recalibrer le système. Il le fera automatiquement. Cette technologie est également disponible pour le DUAL HDL300.
Concernant l’installation, c’est très simple. Le système s’installe en moins d’une demi-heure. Concrètement, nous installons la barre au mur. L’obligation, c’est qu’elle doit se situer à 2,16 m de hauteur minimum. Il faut ensuite la relier à un câble PoE sur un boîtier de connexion.
Sur ce dernier, se trouve un port USB pour vous connecter à un ordinateur et lancer votre appel de webconférence via, par exemple, Teams, Skype ou Zoom. Vous pouvez aussi utiliser les ports auxiliaires pour vous relier à un codec de visioconférence.
Nous avons donc un système qui s’adapte à plusieurs types de visioconférence. Il s’intègre à tous les systèmes de communication unifiée existant aujourd’hui, dont les plus connus sont Zoom, StarLeaf et Microsoft Teams.
Il y a également un logiciel de paramétrages, le Nureva Console. Il permet de faire des réglages très basiques. C’est un système qui est majoritairement « plug and play » avec donc très peu de réglages à faire. Nous pouvons simplement modifier le volume du microphone, le changer en mono/stéréo ou changer aussi les haut-parleurs.
Sortie l’année dernière, une nouvelle fonctionnalité permet de faire un contrôle actif de zones, c’est-à-dire de pouvoir dessiner une zone de captation maximale ou minimale. Un espace va pouvoir être délimité dans des environnements de type amphithéâtre. Cette solution peut être totalement mobile et changer de pièce puisque nous avons travaillé avec Axos pour concevoir un trépied et un support pour fixer la barre.
Comment fonctionnent en détail et techniquement les solutions chez Shure ?
Ludovic Sardnal : Plusieurs types de microphones sont proposés sous des formats différents. Il y a du micro de plafond, le MXA 910, du micro linéaire, le MXA 710, et un micro de table, le MXA 310. Ces trois types de micro sont articulés autour de deux choses importantes : le Dante et la technologie de beamforming, c’est-à-dire le contrôle et la directivité des lobes à partir de multiples capsules.
Autour de ces micros, il y a un certain nombre d’interfaces Dante permettant d’accéder à des fonctionnalités différentes et de les interconnecter sur différents types d’équipements, du hard codec ou du soft codec.
Le MXA 910 est constitué de cent-vingt capsules pour pouvoir créer jusqu’à huit lobes de directivité, tous montés sur des canaux Dante. Nous allons retrouver aussi un canal Dante puisque nous avons tout un processing intégré qui va nous permettre de faire du traitement anti-écho. C’est évidemment la base pour avoir un son de qualité.
La fonction du Steerable coverage est très importante. Elle permet de pouvoir orienter les lobes dans toutes les directions x, y et z, donc aussi bien en largeur qu’en profondeur ou qu’en hauteur. Il y a deux étapes, nous pouvons régler cela manuellement, mais il y a une fonction d’autoposition signifiant que nous nous asseyons à un endroit : le micro va nous scanner et va positionner un lobe sur nous. Nous allons créer comme cela les différentes positions souhaitées. Un système d’autofocus va ensuite nous suivre dans nos mouvements.
Le micro en lui-même est alimenté par une seule liaison RJ45 qui permet à la fois de fournir l’alimentation, le contrôle et les flux audio. Nous allons pouvoir mémoriser un certain nombre de configurations puisque les salles aujourd’hui ont des usages multiples et peuvent être reconfigurées en terme de mobilier et nous pouvons mémoriser les différentes configurations. Tout cela va être configuré dans un logiciel qui s’appelle Designer.
Ce micro permet donc de gérer huit lobes. Nous pouvons choisir la largeur de ces lobes, très étroit si nous voulons cibler précisément ou plus large. Pour avoir un point de repère, un micro positionné à hauteur de plafond assez standard de 2,80 m assurera une couverture de 9 m de diamètre. Les lobes peuvent s’orienter dans toutes les directions, tout en jouant sur la largeur du lobe.
Nous pouvons l’installer de différentes manières. Son format de 60×60 permet de l’intégrer dans les faux plafonds standard, les faux plafonds en dur, suspendus sous un mas avec platine Vesa ou bien avec des ailes pour des plafonds très hauts, par exemple.
Le micro linéaire MXA 710 est lui décliné en deux longueurs : 60 cm ou 1,20 m, pour quatre ou huit lobes, pour être adapté d’une petite huddle room jusqu’à des salles moyennes pour des portées d’environ 4,80 m.
Nous avons cinq options pour le positionner. Nous pouvons le placer sous un écran, à l’horizontale ou à la verticale, en encastrement dans une table, dans un mur, dans un plafond, posé, suspendu… Il peut complètement s’adapter à la contrainte du lieu et pouvoir ainsi obtenir différents comportements du micro. Les lobes vont se créer, s’orienter et s’ouvrir de manière plus ou moins étendue selon les différents types de montage. Nous allons pouvoir contrôler la largeur des lobes.
Le dernier modèle de la gamme, le MXA 310, est un micro conçu pour être sur une table. Dans certains cas, nous ne pouvons pas positionner un micro au plafond. Quatre capsules sont intégrées sur ce micro. Quatre lobes au maximum vont pouvoir être créés et ils peuvent être réglés par pas de 15° à l’horizontal. Il est clairement destiné à de plus petites salles, de l’huddle room à des salles de quatre à huit places environ pour vraiment aller cibler les personnes assises autour de la table de réunion. Les différentes directivités auxquelles nous pouvons avoir accès, omni, cardioïde, supercardio, hyper et bidirectionnel, peuvent être simultanées sur l’ensemble des quatre lobes possibles. La directivité toroïdale, qui est particulière, permet d’atténuer le bruit d’une climatisation par exemple.
Notre logiciel de configuration Designer va permettre de configurer les micros off line. Nous pouvons faire cela tranquillement au bureau, sur la base d’un plan et nous allons pouvoir, une fois sur place, faire l’installation, implémenter les réglages dans le micro. Nous pourrons toujours faire des réglages fins et sauvegarder différentes configurations pour l’ensemble des micros. Cela permet de gérer toute la partie routage audio, puisque tout est basé sur le Dante. Cela évite d’avoir à utiliser plusieurs logiciels.
Comment la technologie de ces micros fonctionne-t-elle pour rejeter les bruits de climatisation ou de toutes sortes. Nous avons fait des tests avec une personne dans la salle, mais lorsque vous en avez quatre ou cinq ?
A.V. : Pour notre système audioconférence Nureva HDL300, ils ont développé grâce à la Microphone Mist Technology – projetant tous ces micros virtuels en 3D dans toute la pièce – une autre technologie permettant de capter les bruits et les sons qui vont être constants. Cette technique va comprendre avec des algorithmes que ces sons sont gênants. Elle va les apprendre et arrêter de les capter.
Nureva propose énormément de démonstrations à distance de ses solutions. Leur salle de démonstration est à 50 % vitrée, avec une grande table réfléchissante disposant de deux vidéoprojecteurs, un chauffage et de la ventilation… C’est en somme tout ce qu’il ne faut pas pour avoir un son clair et intelligible ! Ils organisent leurs démonstrations exprès dans cette salle pour montrer que le système s’adapte à cet environnement et fonctionne. C’est l’intelligence center marketing.
L.S. : Nous avons des similitudes dans le sens où il y a deux éléments qui contribuent au résultat. La première chose est le beamforming. Nous allons utiliser un certain nombre de capsules que nous allons pouvoir coupler entre elles afin de pouvoir créer une directivité contrôlée dans le registre medium aigu. C’est le pendant des enceintes « lignes sources » que nous connaissons bien lors des concerts. C’est exactement la même physique, sauf qu’elle est appliquée au micro. C’est donc à la fois le couplage des capsules pour avoir une directivité contrôlée et en même temps, un contrôle de retard sur ces capsules pour pouvoir régler les lobes dans des directions différentes. C’est l’ensemble de ces deux éléments qui permettent de pouvoir contrôler les directivités.
Derrière, il y a tout ce qui est processing où il y a des traitements de réduction de bruits. C’est un système capable d’analyser tous les bruits constants et de pouvoir les annuler du signal qui va être transmis. À côté de cela, il y a tous les systèmes annexes de contrôle automatique de gain par exemple pour pouvoir s’adapter à des personnes qui parlent plus ou moins forts, afin de pouvoir distribuer aux sites distants, un signal le plus constant possible.
Dans ces salles où nous avons fait le test de visioconférence un peu grande, nous rediffusons notre son par des haut-parleurs. Vient alors tout le problème de l’écho… Comment est-ce traité dans vos systèmes pour qu’il n’y ait pas cet effet d’écho où nous entendons notre propre son revenir ?
A.V. : Personne n’a envie de se croire dans le Grand Canyon lorsque nous sommes en visioconférence ! Celui de Nureva est particulier : ils avaient des problématiques qui lorsque nous bougions le mobilier des salles, la variation d’écho pouvait changer. Ils ont donc solutionné ce problème en déposant un brevet sur l’annulation de l’écho sur le masquage sonore. Concrètement, la barre projette un son très bas qui permet de calculer le niveau acoustique de la salle en permanence, peu importe l’état d’appel.
L.S. : Dans la chaîne de traitement de la captation jusqu’à la diffusion, lorsque nous utilisons des softs codecs, il y a déjà un traitement logiciel dans le soft codec. Évidemment, un AEC (Acoustic Echo Cancellation, ndlr) a besoin d’un certain temps pour pouvoir finalement enregistrer la signature sonore de la salle. Comme cette signature peut être amenée à changer lorsque tel ou tel micro va capter, il faut qu’il s’adapte et donc qu’il recalcule. Cela prend du temps, l’idéal est d’avoir un traitement individuel par micro ou par lobe. Sinon, nous avons des systèmes qui sont capables aujourd’hui de calculer très vite. À part le MXA 310 qui nécessite un traitement par un processeur externe, sur le 710 ou le 910, le micro de plafond intègre dans son canal auto mix, un AEC qui va rentrer dans toute la chaîne de traitement avec des réglages très simples à faire pour l’utilisateur.
Il y a trois niveaux pour pouvoir traiter l’AEC qui correspond au temps nécessaire pour que le système entende le signal distant dans le haut-parleur arrivant dans le micro. Plus la salle est grande ou plus les haut-parleurs sont espacés du micro, plus ce retard sera important et plus ce sera difficile pour l’AEC, de le supprimer.
Si nous avons une salle beaucoup plus grande comme un amphithéâtre, est-ce que ce type de micro est adapté ? Si nous en mettons plusieurs, l’un ne va pas « manger » l’espace de l’autre ? Comment cela se passe ? Faut-il déclarer au système qu’ils sont plusieurs ?
A.V. : Nous avons le Dual HDL 300 qui est l’addition de deux systèmes HDL 300 venant se plugger en même temps sur le même boîtier. Concrètement, il n’y a pas de réglage particulier à faire. Cela se fait automatiquement. Nous pouvons couvrir une surface qui va jusqu’à 140 m2 en maximum. C’est une assez grande surface. Si, au-delà, nous avons une salle plus grande, je pense que dans la pièce, nous aurons du mal à nous entendre nous-mêmes. Il faudra penser à avoir un système de col de cygne par exemple pour amplifier la voix. Pour le système Dual HDL 300, nous pouvons positionner les barres soit à l’extrémité de la salle, soit sur les côtés. Ce sont des configurations à prévoir mais tout à fait possible.
L.S. : Nous, nous pouvons additionner lorsque les salles sont très importantes. Nous pouvons être amenés à utiliser un, deux ou trois micros de plafond. Cela a déjà été fait. Effectivement, quand les tables sont très longues, à partir de 7,50 m de longueur, il devient nécessaire de faire du renfort sonore local : la captation va être rediffusée localement. Évidemment, ce n’est pas quelque chose qui s’improvise. Nous savons tous que si nous amplifions le micro qui est relativement loin, nous pouvons avoir des problèmes d’accrochage. Cela nécessite donc une mise en œuvre particulière par rapport aux haut-parleurs. Il faut créer des zones. Le micro qui sera dans la zone 1 va être diffusé dans le haut-parleur placé dans la zone 3, et inversement. Les micros vont être traités dans un processeur externe au lieu d’utiliser la sortie déjà prétraitée. Le processeur additionnera l’ensemble des sources de chaque micro.
Pour les intégrateurs, les gens sur le terrain, y a-t-il besoin d’une formation pour mettre en œuvre ces micros ?
A.V. : Nous faisons une présentation très simple rapidement au départ du système. Concrètement, le système s’installe en une demi-heure. Il y a juste deux trous à percer. Après, il faut installer le système, le brancher et il est prêt à l’emploi. Il n’y a aucun périphérique installé, le système est directement reconnu comme un device. Si nous avons besoin de faire des réglages, cela va surtout se faire au niveau des haut-parleurs pour régler les basses et les aigus et ainsi s’adapter à la pièce. Nous faisons une calibration très simple et rapide, nous appuyons sur deux boutons sur une télécommande et le système est prêt à l’emploi. Il n’y a rien à faire concrètement. La formation est minime. N’importe qui peut aujourd’hui prendre en main le système et le mettre en place.
L.S. : Chez nous, la prise en main est relativement simple. En fonction du niveau d’exigence, une petite formation très simple permet de tirer le meilleur. Nous pouvons aller dans les détails et rendre la captation vraiment très pointue. C’est déjà très simple, très « plug and play » et cela va tout de suite fonctionner puisqu’avec les systèmes d’auto-positionnement automatique, il y aura tout de suite un résultat. Si nous souhaitons peaufiner pour timbrer des pièces qui ont des acoustiques plus ou moins difficiles, il est possible d’entrer dans le détail avec la formation. Quelqu’un qui a des bases audio n’aura pas besoin de la suivre.
LES SOLUTIONS NUREVA
Richard Cazin, dirigeant de Televic Conference, était en direct de son showroom pour faire apprécier le son des micros Nureva aux spectateurs de la Satis TV. Un HDL 300 y était utilisé, situé en hauteur, à trois mètres de distance.
Ce produit permet une liberté de mouvement et il peut faire passer un message quel que soit l’endroit où se situe la personne dans la salle, qu’elle ait une voix qui porte ou, à l’inverse, plutôt fluette, que la personne se trouve à trois mètres, à six mètres de distance ou bien encore dos au micro.
LES SOLUTIONS SHURE
Véronique Audic, directrice du développement chez Algam Entreprise, était à son tour, en direct sur la Satis TV depuis la salle de visioconférence d’Algam Entreprises à Paris 11e. La salle de démonstration à distance est équipée d’une dalle de plafond Shure, un Microflex Advance MXA910.
Située au centre de la pièce, elle permet d’orienter les lobes sur les sièges disposés autour de la table de réunion. Il y a un lobe pour chacun des sièges et pour chacun des potentiels locuteurs. La salle mesure une vingtaine de mètres carrés.
Article paru pour la première fois dans Sonovision #22, p. 30-34. Abonnez-vous à Sonovision (4 numéros/an + 1 Hors-Série) pour accéder à nos articles dans leur totalité dès la sortie du magazine.












