Ainsi, les appareils principaux encombrants, trop techniques ou trop bruyants peuvent être installés dans un autre lieu, comme une salle technique. Les types d’interfaces pour le contrôle sont diverses et peuvent se combiner. Voyons quelles sont les différentes propositions et leurs avantages liés.
Le déport KVM
L’un des équipements principaux dont on souhaite déporter le contrôle est l’ordinateur. Quel que soit le modèle, la puissance ou les fonctionnalités, les interfaces entre l’homme et la machine sont principalement le clavier, la souris et l’écran. Ces trois éléments ne doivent pas obligatoirement être connectés en direct via des câbles courts : on pense principalement à l’USB pour le clavier et la souris, et au DisplayPort ou au HDMI pour l’écran. Ce sont des types de connexions nécessitant habituellement des cordons les plus courts possibles pour une installation à proximité, l’ordinateur concerné étant placé sur ou sous le bureau.
L’émetteur KVM se place en sortie de l’ordinateur et le récepteur KVM au niveau du poste de travail. Entre les deux, un cordon type Ethernet en liaison directe va transmettre les données. De cette façon, on peut déporter l’unité centrale de l’ordinateur de plusieurs dizaines de mètres. L’ordinateur prend place dans une salle des machines où sa maintenance sera facilitée, sa protection électrique optimisée, tout comme sa ventilation. Tous les ordinateurs de l’entreprise peuvent être rassemblés dans ce même type de salle. L’équipement informatique dans les bureaux s’efface au bénéfice d’un plus grand espace de travail. Le câblage est facilité avec uniquement des cordons réseau à prévoir au niveau de chaque bureau et rien d’autre.

Le KVM existe également sous forme de switch. Dans ce cas, le même trio d’interfaces clavier/souris/écran prend la main sur plusieurs ordinateurs. C’est intéressant dans le cadre des salles de contrôle utilisant de multiples sources informatiques. Le switch peut être physique avec des commandes sur le bureau pour basculer d’un ordinateur contrôlé à un autre. Mais ils tendent à disparaître pour être remplacés par les switchs KVM sur IP. Dans ce cas, le boîtier KVM est relié au réseau informatique.
Côté ordinateur, c’est une application KVM qui doit être installée. Au niveau du poste de travail, sélectionner un ordinateur ou un autre passe directement par le clavier et la souris. Les switch KVM sur IP les plus perfectionnés permettent d’afficher le bureau de plusieurs ordinateurs sur un même écran tout en pouvant passer la souris de l’un à l’autre.
Étendre l’USB
Nous avons vu que les appareils KVM s’occupaient principalement de déporter les interfaces courantes des ordinateurs que l’on trouve sur un bureau. Cependant, on peut avoir besoin de relier d’autres accessoires à ce même ordinateur déporté ailleurs. Les émetteurs/récepteurs et switchs KVM savent également transmettre l’USB en général. On peut alors brancher une webcam ou une clé USB sur le boîtier KVM. En général, les appareils KVM peuvent être remplacés par les extenders USB. Les modèles plus récents sur IP savent passer les interfaces et l’affichage via une simple connexion USB déportée. Elle est compatible avec les spécifications 3.0 nécessaires pour le débit des données utilisées.
L’USB peut se déporter via un extender dédié à cette fonction uniquement, c’est-à-dire un boîtier en sortie de l’ordinateur et un boîtier sur le bureau auquel connecter les interfaces et les accessoires. Cela peut passer alternativement par de l’USB sur IP, sur un principe identique au KVM sur IP : il y a un boîtier sur le bureau et une application à installer sur le ou les PC distants. Cela facilite encore une fois le partage multiple entre un poste de travail et différents ordinateurs. Il existe une autre solution, plus simple mais nécessitant une liaison point à point : ce sont les cordons USB actifs. De très grande longueur, ils offrent la possibilité d’installer un hub USB sur le bureau, auquel relier les interfaces et accessoires, connecté en direct à l’ordinateur distant. Cette solution est applicable uniquement quand des passages de câbles directs sont disponibles.
Le déport USB n’est plus seulement disponible via des extenders dédiés ou des cordons optiques. Il se trouve sur des extenders vidéo et des interfaces de distribution pour les salles de réunion. En parallèle du HDMI ou du DisplayPort, de plus en plus de fabricants proposent de transporter et de déporter l’USB. C’est une autre façon de placer les périphériques aux endroits où l’on en a besoin.
Prenons l’exemple de ces interfaces pour rassembler les sources dans les espaces de réunion. Ce type de boîtier accepte plusieurs ordinateurs qui pourront afficher leur écran sur le moniteur ou le vidéoprojecteur de la salle via des touches de sélection. Associé à un boîtier récepteur auquel il transmet l’image, il peut aussi transporter l’USB. Dans ce cas, la caméra et le micro de la salle installés au-dessus du moniteur sont connectés à l’interface, et donc aux ordinateurs, de façon déportée.

Les claviers à boutons
Les systèmes détaillés jusqu’ici sont essentiellement tournés vers le contrôle des périphériques informatiques. Mais bon nombre d’équipements audiovisuels peuvent être séparés de leurs moyens de pilotage. Prenons par exemple les différents éléments prenant place dans les racks techniques 19”. Ce sont typiquement des appareils hors d’atteintes car centralisés, soit dans un endroit spécifique de la pièce, soit dans une autre pièce. C’est le cas dans différents environnements tels que les salles de commande, les salles de montage ou encore les régies mobiles. Dans ce cas, les appareils en rack vont voir leurs commandes en façade déportées sur une interface qui tombe sous la main du collaborateur ou de l’opérateur.
Dans le monde de l’intégration en général, on peut compter également tous les équipements techniques disséminés dans les espaces de travail, contrôlables chacun indépendamment : la lumière, le chauffage ou la climatisation, les ouvrants, les motorisations diverses.
Tous ces appareils peuvent se piloter depuis différentes interfaces externes, la plus simple étant le clavier à boutons. Ils existent sous deux formes principales : le clavier IP indépendant et le clavier propriétaire lié à un automate. Dans le premier cas, le clavier se présente dans le format d’un interrupteur, c’est-à-dire une dizaine de centimètres de large et autant de haut. Cela permet de proposer quatre, six ou huit boutons typiquement. Afin de les repérer, soit on peut installer une étiquette imprimée sous un bouton transparent, soit les boutons doivent être gravés sur mesure au moment de la commande. Fonctionnant sur IP, ils pilotent directement sans intermédiaire les appareils via le réseau. Certains de ces claviers disposent parfois de ports IR, RS232 ou GPIO afin d’ajouter les commandes filaires d’équipements moins connectés.

Le clavier propriétaire propose les mêmes fonctionnalités, à la différence près qu’il n’est pas autonome. Il doit forcément être relié à un automate qui va intégrer la programmation des commandes. Cela offre plus de possibilités grâce à plus de puissance et une connectique plus importante. En outre, l’automate offre un certain niveau de mutualisation : il peut piloter à lui seul différents claviers dans le même espace ou dans des pièces différentes.
Par ailleurs, ces mêmes automates acceptent des claviers fabriqués totalement sur mesure, via une simple liaison à contacts secs. Le but est de pouvoir s’adapter à la décoration, au design et aux couleurs de l’entreprise, ou encore d’intégrer les boutons dans la table de réunion. Certains fabricants proposent dans ce domaine des surface sensitives rendant tactile n’importe quel type de surface.

Les interfaces tactiles
La solution la plus élégante mais aussi la plus complète est représentée par l’écran LCD tactile, quelle que soit la forme qu’il prend. Il peut surtout s’installer à peu près n’importe où : sur une table de réunion, dans le mobilier, dans un mur, dans un rack technique. C’est-à-dire partout où l’on a besoin de centraliser le déport des commandes. L’écran tactile est entièrement personnalisable, bien plus qu’un clavier à boutons. On ajoute uniquement les commandes nécessaires, selon la charte graphique de l’entreprise ou tout autre thème graphique. L’évolutivité est totale, contrairement aux claviers. Lorsque le matériel change ou les besoins évoluent, il sera très simple de mettre à jour les commandes en correspondance.
Grâce à des modes de programmation de plus en plus standardisés, tels que le HTML5, les interfaces sont plus faciles à maintenir, contrairement aux anciennes interfaces qui faisaient appel à autant de langages différents qu’il y avait de fabricants.

L’interface tactile est également mobile lorsqu’elle prend la forme d’une application pour smartphone ou tablette. C’est quelque chose qui existe depuis longtemps mais qui s’est accéléré depuis la fin des confinements. Proposer une application pour prendre la main sur les équipements d’une salle permet aux utilisateurs de ne pas avoir à se soucier des interfaces en place, et encore moins à les manipuler. C’est leur propre appareil mobile qui devient le centre de contrôle déporté des fonctions disponibles.
Dans ce domaine, il n’y a parfois besoin d’aucune programmation. Les interfaces vont s’autoconfigurer selon les appareils déclarés et proposer uniquement les commandes nécessaires. Mais pour un contrôle global multi équipements et multiplateformes, il faudra toujours passer par une configuration un peu plus poussée.

Le contrôle vocal
Les assistants vocaux se développent depuis une petite dizaine d’années auprès du grand public. Les applications réellement professionnelles sont encore rares, bien que l’on puisse adapter Apple Siri ou Google Assistant à quelques usages non critiques en entreprise. On assiste désormais au développement d’assistants vocaux spécialisés pour des équipements bien précis, qui ont aussi l’intérêt de fonctionner en local, ce qui va rassurer les services informatiques en termes de sécurisation des données.
Pour l’instant, les exemples sont encore rares, mais les développements à venir sont sans limite. On voit déjà des applications professionnelles dans l’AV répondre à quelques commandes de bases telles que « lance la visio », « coupe les micros » ou « termine la session ».
Il est légitime de penser que tout cela est un peu gadget. Et pourtant, ce type de moyen de contrôle déporté des fonctions d’une salle de réunion, par exemple, en simplifie l’accès. La formation des utilisateurs n’en est que plus rapide. Il est plus simple de retenir des phrases basiques correspondants réellement aux actions que l’on souhaite effectuer, que de devoir retenir l’organisation d’une interface tactile graphique peut-être plus complète, mais aussi parfois trop complexe.

Déporter les commandes des appareils audiovisuels, informatiques et connectés en général est applicable à peu près partout grâce à la généralisation de l’IP et des API. Le contrôle des équipements installés se simplifie avec une mise à disposition de boutons ou d’écrans tactiles présentant de façon unifiée toutes les fonctionnalités majeures. Il en va de même pour les interfaces physiques telles que le clavier et la souris pouvant être liées à un ordinateur installé dans une autre pièce. La pertinence des choix à effectuer dans le domaine du déport des commandes est une spécialité en elle-même sur laquelle il est nécessaire de se former et de se tenir au courant continuellement.
Article paru pour la première fois dans Sonovision #36 p.34-37


