L’intelligence artificielle, vous en entendez parler matin, midi et soir si vous suivez l’actualité. Et pas seulement celle qui concerne la tech, l’actualité en général. Cette IA a bien des applications dans l’intégration audiovisuelle comme vous allez le voir.
Que ce soient les voitures autonomes, les assistants vocaux ou encore la fin du monde du travail tel qu’on le connaît, l’IA est partout. C’est une véritable révolution semblable à l’arrivée d’Internet au milieu des années 90 qui va bien au-delà de ChatGPT.
L’IA comme assistant
Avant toute chose, il faut bien avoir conscience que ce que l’on appelle IA n’est pas toujours si « intelligent » dans les faits. Le terme est encore largement galvaudé et l’IA s’apparente bien souvent à un algorithme un peu poussé, rien de plus. C’est-à-dire qu’il n’y a pas réellement d’intelligence autonome capable d’apprendre de toutes les formes d’interactions avec elle pour devenir encore plus intelligente. Si son rôle est de remonter toute seule la climatisation quand il fait un peu trop froid, c’est uniquement un algorithme préprogrammé. En revanche, si elle remarque que chaque fois que vous entrez dans la salle de réunion vous remontez la température de 1,5° de plus que la consigne et qu’elle se met à le faire à votre place pour vous éviter cette tâche répétitive, alors là oui, nous sommes dans le domaine de l’intelligence artificielle, celle qui apprend et qui s’adapte sans avoir besoin que vous ne lui demandiez. La différence est importante ! Dans le cas contraire, une IA qui n’est pas auto-apprenante n’est rien de plus qu’un automate.
Alors on parle principalement de l’IA à travers les agents conversationnels tel que ChatGPT, Claude ou Copilot. Ils ne font rien seuls tant que vous ne leur avez pas donné un ordre. C’est déjà une avancée extraordinaire dans le monde numérique qui nous entoure. Appliqué à l’audiovisuel, ce type d’assistant va pouvoir vous accompagner dans votre travail au quotidien. Par exemple, il peut créer des tableaux ou des schémas sur mesure uniquement avec une liste d’informations. Au lieu de dessiner les plans d’un projet, il suffit d’indiquer quels sont les équipements prévus et le dimensionnement de l’installation pour que l’IA puisse réaliser cette tâche à votre place.
Les logiciels servant à concevoir les systèmes ou à créer des propositions aux clients bénéficient de l’IA. En s’appuyant sur les projets passés, et donc vos habitudes de travail, ces logiciels peuvent générer plus rapidement des propositions complètes en accord avec vos méthodes et vos préconisations phares. Le gain de temps est potentiellement conséquent.
Plus spécifique, l’IA est capable de vous aider à coder. C’est-à-dire que la programmation nécessaire pour des appareils audio, vidéo ou informatiques peut être réalisée avec l’aide de l’IA. Vous êtes un peu perdu, vous devez trouver des solutions spécifiques ou bien votre programme vous renvoie des erreurs ? L’IA analyse votre demande et génère ou corrige votre code. Bien entendu, rien n’est jamais parfait, il faut parfois accompagner l’assistant en lui précisant chaque erreur après chaque itération de sa part afin d’arriver à un résultat satisfaisant.
L’IA ne sera peut-être pas toujours capable de trouver 100 % de la solution, mais elle vous aura accompagné pour la résolution du problème. Là encore, le gain de temps peut être non négligeable quand le support du fabricant n’est pas disponible immédiatement pour vous aider à corriger votre programme.

L’IA comme analyste
Il y a certains domaines où le terme d’intelligence artificielle est utilisé de façon un peu exagérée, bien que les services rendus soient innovants et performants. Dans le domaine des caméras pour les visioconférences par exemple, de plus en plus de fabricants ajoutent le terme IA à la liste des caractéristiques. Celle-ci est alors capable d’analyser l’image pour un suivi ou un recadrage automatique. Il en va de même avec le son lorsque plusieurs micros sont utilisés simultanément de façon dynamique afin d’extraire la voix de la personne qui parle pour rejeter le reste du bruit ambiant. Le résultat est probant et l’aide automatisées est réelle.
Ce sont des actions qu’il aurait fallu effectuer auparavant manuellement et dont la machine prend la charge toute seule. Cependant, on est plus proche des algorithmes intelligents que d’une intelligence artificielle. Par exemple, la caméra n’est pas capable d’apprendre le nom d’une personne à l’image que l’on aurait renseigné via un clavier pour, lors d’une réunion ultérieure, l’afficher toute seule car elle reconnaîtrait la même personne à l’image.
En revanche, l’intelligence est bien présente lorsqu’elle analyse une session de réunion pour en extraire des données. Elle va être capable de traduire en temps réel la personne en train de parler. À l’issue de la réunion, elle va transcrire l’intégralité des échanges, les associer aux participants, les lier aux documents.

afin d’en analyser les données pour générer des pistes d’économies d’énergie. © Brainbox
L’IA est également capable de titrer les documents, de leur appliquer des identifiants et de les enregistrer au bon endroit dans le système d’information de l’entreprise. Enfin, elle pourra générer un résumé destiné aux personnes absentes avec des mots clés afin d’obtenir un condensé de la réunion avant de, peut-être, la visionner dans son intégralité. Ce sont des fonctionnalités intelligentes qui peuvent être proposées par les fabricants du matériel eux-mêmes, ou bien sous forme d’applications complémentaires.
Car il y a bien un domaine où l’IA est importante et nécessaire aujourd’hui, c’est le traitement des données. Nous en générons et en collectons bien plus que de raison que nous n’avons pas le temps de traiter. C’est une tâche à confier à l’IA, une tâche qu’elle maîtrise. C’est pour cela que les sociétés impliquées dans le broadcast s’en empare afin d’améliorer de façon spectaculaire la gestion des contenus.
L’IA sait analyser et classer les contenus selon de multiples critères. Elle peut aussi générer des « tags » sur tout un tas d’éléments aussi variés que le nom d’une personne, ses actions, ses paroles, le lieu, l’heure de la journée… afin de permettre une recherche multicritère dans d’énormes bases de données. Tout cela sans qu’aucun humain n’ait eu besoin de visionner des heures et des heures de rushes pour annoter chaque caractéristique de l’image et du son.

L’IA comme superviseur
L’objectif premier de l’intelligence artificielle consiste à effectuer des actions qu’un humain ne lui a pas directement apprises ou dictées. C’est grâce à sa capacité d’apprentissage que l’IA sait effectuer dans une situation donnée des actions qui découlent de son analyse.
Il y a un domaine où cela est particulièrement pertinent : la supervision des systèmes audiovisuels et informatiques. En effet, on indique tout d’abord à l’IA ce qu’elle doit observer, c’est-à-dire quel jeu de données. Grâce à son intelligence, elle pourra indiquer des états de fonctionnement problématiques. Par la suite, elle sera capable d’anticiper des pannes en se basant sur le comportement des équipements qu’elle a observés.
Elle peut savoir par exemple que lorsque tel enchaînement d’erreurs ou de manquements se produit, cela signifie qu’un appareil bien précis sera rapidement concerné par un dysfonctionnement fatal. L’installateur recevant cette information peut alors anticiper son intervention et remplacer ou réparer l’équipement avant même que le client n’ait été confronté à la moindre rupture de fonctionnement de son système.
L’IA peut aller plus loin que la supervision préventive en accompagnant le travail des intégrateurs ou des opérateurs de parcs de matériel AV et de systèmes de gestion des bâtiments.

Toujours en observant les données qui lui remontent telles que le nombre d’heures de fonctionnement, les usages de chaque pièce, les températures, l’état des ouvrants, etc., l’intelligence artificielle participe à rendre les systèmes plus efficaces. Elle peut par exemple relever que l’occupation des salles de réunion est en-deçà des attentes. Le gestionnaire prendra alors la décision de réaffecter les espaces. En analysant les différentes consommations de ressources, l’IA pourra générer un tableau de bord d’analyse mensuel pointant les évolutions et tendances qu’elle a observées. Car on sait qu’une partie de l’énergie consommée par un bâtiment professionnel est gâchée : des pièces sont chauffées, climatisées ou éclairées sans qu’il n’y ait personne à l’intérieur.
Des problématiques répétitives seront accompagnées de préconisations par l’IA prenant en compte l’existant et son évolution possible. Le résultat pourra ainsi se traduire en actions concrètes pour, par exemple, réduire la consommation du bâtiment tout en continuant à offrir des conditions d’accueil et de travail de qualité aux collaborateurs et aux visiteurs.

L’IA comme automate
L’étape ultime, c’est une automatisation totale des équipements AV pour ne plus rien avoir à allumer, sélectionner, afficher, écouter… Que tout s’effectue automatiquement car l’IA sait de quelle façon nous utilisons la salle de visioconférence, que le simple titre de la réunion, la liste des participants et la détection de présence dans la salle suffisent à lancer Meet, Zoom ou Webex à l’heure dite, avec un découpage du multi écrans adapté. Que le mur d’image d’affichage dynamique dans la galerie marchande affiche la bonne publicité aux bonnes personnes à la bonne heure. Ou encore que dans tel espace recevant du public, le son se règle tout seul en fonction du nombre de personnes, de l’acoustique, du niveau sonore maximal autorisé et du type de message à passer, si c’est de la musique de fond ou un signal d’alerte.
Tout cela peut arriver, plus vite qu’on ne le pense, avec le risque non négligeable de supprimer le travail d’un certain nombre de personnes. Cependant, la plupart des scénarios que nous avons évoqués sont des propositions des fabricants eux-mêmes susceptibles d’être disponibles bientôt. Peu sont réellement implantées. Enfin, comme dans beaucoup de domaines, quand les machines remplacent des humains, cela crée très souvent des opportunités de créations de nouveaux métiers associés.
Article paru pour la première fois dans Sonovision #37 p.18-21


