L’arrivée de la marque à la pomme sur ce marché va-t-elle permettre à la réalité virtuelle de se démocratiser ? Les autres fabricants vont-ils profiter de la nouvelle ère du « spatial computing » ? Retour à Laval pour une visite du salon et un focus sur ses principales nouveautés.
Les casques VR deviennent tous des casques XR

Cette année, c’est la définitive démocratisation du « passthrough » sur les casques. C’est-à-dire la possibilité pour l’utilisateur de superposer à son environnement réel des informations virtuelles. La réalité augmentée (et mixte), qui était auparavant l’apanage de lunettes comme les Hololens de Microsoft, devient un des usages possibles du casque de réalité virtuelle. Meta en a fait un argument commercial pour la sortie de son Quest 3 en octobre 2023, quatrième génération de casque VR pour la marque (n’oublions pas le Quest Pro lancé fin 2022). Grâce au « passthrough », l’environnement extérieur au casque est filmé par des caméras et projeté en temps réel sur les écrans.
Cette technologie a été très améliorée et offre un rendu de l’environnement réel en couleur avec très peu d’artefacts et une latence minime, si bien que l’utilisateur peut expérimenter des contenus en réalité augmentée de manière très réaliste, avec un champ de vision bien supérieur à celui d’un Hololens. Il faut noter que Meta apporte des améliorations constantes à cette fonctionnalité par des mises à jour logicielles régulières. Il n’est donc pas étonnant de voir fleurir des Quest 3 sur tous les stands des professionnels qui créent du contenu, même si le BtoB n’est définitivement pas le premier marché visé par le fabricant américain.

C’est plutôt chez le fabricant chinois Pico que le monde de l’entreprise est priorisé, avec son offre « business suite ». Cette année, pas de grande nouveauté pour le constructeur, mais plutôt des améliorations et une meilleure stabilité pour le Pico 4 entreprise, fleuron de sa flotte.
Apple n’est pas officiellement présent sur le salon, mais dans les allées on ne parle que de son dernier produit, le Vision Pro. Plutôt ordinateur spatial que casque XR, l’appareil au design réussi présente incontestablement une avancée technologique majeure, avec un « passthrough » d’excellente qualité, et surtout un système d’exploitation et une ergonomie d’utilisation qui vont enchanter les utilisateurs d’Apple (s’ils sont prêts à débourser 3 500 dollars).
Nous avons pu tester le casque avec un contenu en vidéo volumétrique sur le stand de 4Dviews, le fabricant du système Holosys spécialiste de ce format de captation, et c’est bluffant. Ce Vision Pro remet en lumière des contenus jusqu’ici un peu boudés par les acteurs de la réalité virtuelle : les vidéos immersives. Sous le terme « spatial videos », Apple communique sur ces formats que la marque a adaptés avec de nouvelles normes d’encodage. Le secteur de la vidéo 360 et de la VR180 va-t-il en profiter ? Car on le présume, au-delà d’un design réussi et d’une bonne ergonomie, ce sont surtout les contenus proposés qui feront le succès du Vision Pro ! Les constructeurs européens suivront-ils le mouvement ?

On peut voir le finlandais Varjo sur quelques stands, avec son casque XR4 de nouvelle génération à technologie Lidar (comme dans le casque Apple). En réalité mixte, le Lidar permet une restitution fine de la profondeur, donc moins d’aberrations et une meilleure interprétation de l’environnement par le cerveau. Le fabricant propose trois gammes pour ce casque : la version standard au prix de 4 000 euros, une version « focal edition » avec autofocus basée sur l’eye tracking (le point s’effectue en temps réel sur la zone regardée par l’utilisateur) à 10 000 euros, et enfin la version « secure edition », fabriquée en Finlande, plus performante, à 20 000 euros. Fonctionnant sans Internet, elle est par exemple compatible avec des applications militaires.

C’est chez le distributeur Matts Digital, présent depuis de nombreuses années à Laval, que vous pouvez retrouver tous les casques mentionnés ci-dessus et bien plus encore, tels que les produits HTC Vive et ceux du fabricant français Lynx, absent du salon cette année.
La XR et l’IA : un mariage de raison(s) ?

En 2024, le Laval Virtual ne fait pas exception : le concept de l’intelligence artificielle est sur (presque) toutes les lèvres. Certaines entreprises l’intègrent avec brio dans leurs propositions. Dans la zone starts-up qui concentre chaque année un foisonnement d’idées et d’inventions, nous avons rencontré la société allemande Mimic Productions. Sa particularité, avec sa nouvelle branche Mimic Minds, est de proposer des avatars « humains digitaux » pour les expériences XR, dotés de capacités d’intelligence artificielle conversationnelle. Un chat GPT, en somme, incarné par un personnage d’apparence humaine ou autre. Si vous êtes une entreprise, le personnage peut être entièrement adapté à votre marque, personnalisé à votre image. Scan et motion capture confèrent à votre « créature » un aspect parfaitement réaliste. Viktor Frankenstein l’avait rêvé, vous pouvez le faire (virtuellement) ! Selon Mimic Minds, ces avatars « intelligents » trouvent déjà leur place dans les secteurs de l’éducation, du service client et même des soins médicaux.

L’intelligence artificielle est également utilisée dans la captation volumétrique. Afin de s’affranchir d’un système de captation complexe, les Grecs de Moverse ont incorporé l’IA dans leurs algorithmes. Une absence de marqueurs, des caméras « classiques », un workflow qui permet soit d’enregistrer les données brutes pour les exploiter plus tard dans des formats 3D de type FBX, soit de streamer directement le flux capturé dans un moteur 3D de type Unity ou Unreal Engine. Les résultats sont très satisfaisants, surtout comparés aux solutions de captation volumétriques beaucoup plus coûteuses.
C’est également chez Spirops, entreprise française pionnière dans le domaine de l’IA depuis 2004, que l’on trouve des applications d’avant-garde. La structure, qui fête ses vingt ans cette année, est présente sur le salon pour démontrer les capacités de Mimik, une technologie de « full body estimation » : l’idée est d’utiliser l’intelligence artificielle pour estimer les mouvements et générer des postures réalistes du corps humain entier avec seulement trois points de tracking (la tête et les mains), dans les expériences VR en déplacement libre (dites « free roaming »). Le but : moins de capteurs sur les utilisateurs et des expériences à plus grande échelle.
La XR « sensationnelle », notre coup de cœur

Depuis l’avènement de la réalité virtuelle « grand public » il y a une dizaine d’années, on remarque au Laval Virtual de nombreuses entreprises proposant de compléter les sens de l’ouïe et de la vue, les plus « simples » à stimuler au travers d’un casque VR. Voici donc notre coup de cœur 2024, découvert sur le stand de Actronika (société bien connue pour sa veste haptique Skinetic que nous avions expérimentée il y a deux ans) : leur actionneur, surmonté d’un gobelet, nous fait vivre l’expérience tactile à notre avis la plus impressionnante du salon.
C’est la vibration du son qui rend la simulation ultra réaliste. Un film est synchronisé avec le récipient que nous tenons dans notre main. Quant à l’écran une personne verse de l’eau dans le gobelet, nous ressentons avec une incroyable précision son poids dans notre main et la répartition du liquide ! Plus facile à vivre qu’à expliquer, c’est une sensation qui ajoute un réalisme saisissant à une expérience XR, et on imagine les possibilités de ce petit actionneur qui donne tout son sens à la lettre R de la Réalité Virtuelle !
Pour compléter notre palette sensorielle, c’est toujours chez Olfy, primée comme meilleure start-up lors de l’édition 2022 et notre coup de cœur 2023, qu’on peut littéralement « sentir » la VR. La société propose en effet un diffuseur d’odeurs à adapter sur les casques du marché. Synchronisé avec une expérience adaptée, il vous permettra d’être « transporté » en forêt ou au milieu d’un champ de lavande.
Des pionniers toujours présents à Laval… et des nouveaux à découvrir !

Certains acteurs du secteur sont présents depuis bien longtemps sur le marché de la XR. Cette année, la société Immersion fête ses trente ans, avec encore et toujours des innovations. Entreprise française spécialisée dans la XR, créée en 1994 au départ pour la distribution de matériel, elle est aujourd’hui intégratrice de solutions et développe des espaces de travail collaboratifs et immersifs. Immersion propose aujourd’hui le plugin Shariiing XR (à écrire avec ses trois « i ») qui ouvre sa solution collaborative Shariiing aux casques XR du marché. L’idée est de proposer un « pont » entre les univers réel et virtuel au sein d’un même espace partagé. Le projet Descartes est également montré cette année, avec son concept de « jumeau numérique hybride » adapté à la gestion d’une ville : les simulations de consommation d’énergie, de pics de pollution, de régulation de trafic sont lancées sur la ville virtuelle et les prises de décisions pour les différents scénarios sont assistées par l’intelligence artificielle. Un cas d’usage a été développé en partenariat avec la ville de Singapour. L’entreprise française s’exporte bien !

Et citons enfin les nouveaux du salon, ceux de passage, notamment les producteurs, universités et laboratoires de recherche qui présentent leurs projets, du plus sérieux au plus loufoque. Le continent asiatique est toujours celui le plus représenté, c’est une tradition du Laval Virtual qui donne de la visibilité aux écoles et universités japonaises notamment.

Nous nous sommes penchés sur le Holoburger, un projet qui nous vient – vous l’aurez deviné – de l’université du Texas A&M. Mêlant projection holographique, reconnaissance d’image et base de données, il vous permet de composer votre hamburger à l’aide de cartes à jouer que vous placez sous une caméra. Au fur et à mesure de vos choix d’ingrédients, le burger prend forme comme hologramme et son prix s’actualise, le tout en temps réel. Ce projet amusant mais malin qui combine plusieurs technologies est-il le clin d’œil au fast food du futur, en avant-première à Laval Virtual 2024 ?
Notre visite s’achève. Elle est bien sûr non exhaustive. Laval Virtual, c’est aussi RectoVRso, une exposition d’œuvres numériques alliant art et nouvelles technologies, des conférences thématiques de qualité pendant les trois jours de salon, et enfin la remise des Laval Virtual Awards, prix décernés chaque année aux meilleures expériences XR dans une variété de catégories au cours d’une prestigieuse cérémonie. Rendez-vous en 2025 !
Article paru pour la première fois dans Sonovision #36 p.12-15


