Si les besoins restent globalement les mêmes, sélectionner une configuration cohérente et adaptée à votre outil vidéo suppose de passer en revue de nombreux critères à commencer par le poids, la connectique ou les possibilités de fixation.
Au fil du temps, les cameramen ou JRI ont appris à gérer le son de manière autonome dans bon nombre de situations, principalement le son d’ambiance accompagnant des plans de coupe ou les illustrations, et des interviews simples où généralement une seule personne parle à la fois, en acceptant que le micro soit éventuellement visible à l’image. Généralement, les professionnels du reportage vidéo utilisent aujourd’hui un micro placé sur la caméra, le fameux « micro cam » dont le rôle premier est de capter le son d’ambiance, doublé en situation d’interview, par un micro main ou un micro-cravate. Ces derniers sont souvent préférés car, placés au plus près du sujet, ils garantissent une meilleure intelligibilité.
Mais, le choix d’un type de micro plutôt qu’un autre peut s’affiner en fonction du contexte. Bien sûr, dès que la situation se complique avec la nécessité de rendre intelligible des échanges entre plusieurs personnes ou lorsque les micros doivent être invisibles comme dans la vraie vie ou encore en captation de musique ou de spectacle, faire appel à un ingénieur du son devient nécessaire, mais c’est une autre perspective que nous n’abordons pas aujourd’hui…
S’adapter en fonction de la situation
Quel micro choisir en fonction du niveau d’exigence et de la situation ? Il y a bien sûr quelques recettes éprouvées, mais c’est ensuite à chacun de faire ses propres expériences et de trouver sa voie. Ainsi, certains blogueurs vidéo se filment seul, face caméra, avec un micro caméra stéréo et le résultat est plutôt bon même si parfois les déplacements ou les raccords de montage peuvent donner le tournis, surtout si le spectateur écoute au casque. D’autres utilisent un petit micro-canon court fixé sur la caméra qui donne de bons résultats tant que l’ambiance reste silencieuse, que la pièce n’est pas trop réverbérante et que le blogueur reste très proche de la caméra.
Pour s’affranchir de ces limitations, d’autres optent pour le micro-cravate permettant plus de distance et de liberté de mouvement par rapport à la caméra tout en assurant un son plus présent et plus homogène. Certains sont allés plus loin en utilisant le micro casque qui garantit une isolation de la voix performante même en environnement bruyant, mais en acceptant au passage un look particulier souvent associé au geek, au gamer ou au stand up… Dès que la pollution sonore augmente, que le bruit ambiant monte, rien de tel qu’un micro main pour aller recueillir sur le terrain les propos du responsable syndical au sein d’une manifestation ou le témoignage du basketteur entre deux quarts-temps. Évidemment dans ce dernier cas, le cadrage relativement serré et l’omniprésence du micro dans le champ donne forcément une connotation « journal TV » à la production.
Enfin, pour permettre le mouvement, la liberté de placement et plus de fluidité tant pour le cadreur que pour les personnes interviewées, rien de tel que les micros-cravates et micros main sans-fils dont les coûts ont d’ailleurs grandement baissé ces derniers temps. Alors, comment adapter ces outils à l’outil de captation choisi, c’est toute la difficulté, sachant qu’à vouloir absolument retrouver le niveau d’équipement audio d’une caméra sur un smartphone ou un appareil photo, le risque de perdre la fluidité ou la souplesse initial est toujours présent.
Les limites du micro cam
Le rôle premier du micro caméra, c’est de capturer la scène sonore se déroulant devant la caméra, en éliminant au mieux le son qui vient de derrière et avec un angle de captation plus ou moins large sachant que par rapport à une paire d’oreilles reliées au cerveau humain, le rendu et la sélectivité sont bien différents. Si le but est uniquement de capter des ambiances, un micro stéréo pourra être intéressant, un micro cardioïde également.
Plus on resserre la directivité (hypercardioïde ou canon) plus le micro coûtera cher à fabriquer à niveau de qualité équivalente, mais plus il sera à même de dépanner pour capter une voix intelligible si le sujet se trouve à proximité (moins d’un mètre) et que l’ambiance est calme. Par rapport au micro intégré équipant les caméscopes, appareils photo et smartphones, le micro externe fait la différence en diminuant plus fortement les sons venant de derrière la caméra.
D’autre part, il sera plus facile à protéger du vent avec une protection efficace généralement fabriquée aujourd’hui à base d’une mousse épaisse ou d’une cage doublée de tissu ou de fourrure synthétique. Les bruits de manipulation occasionnés par le cadreur (déplacement de doigts, réglages, déplacement, etc.) seront également réduits grâce à l’utilisation d’une suspension de plus en plus souvent fabriquée en matériau composite moulé et qui permet d’isoler mécaniquement le micro.
Sur ce type d’accessoires, Rycote est sans doute le spécialiste incontournable ayant réussi à produire en masse des suspensions (gamme Invision Video) et accessoires anti-vent (Softie et super Softie) en utilisant des matériaux modernes et en déclinant toute une gamme adaptée à des microphones de tailles et de poids très différents tout en permettant une fixation sur la griffe flash des petites caméras et appareils photo.
Les adaptations pour le smartphone
Avant de choisir le micro adapté à votre tournage, il faut avant tout regarder la connectique présente sur le smartphone utilisé. Sur les modèles phare du moment comme les iPhone 12 ou les Samsung Galaxy S20 ou S21, seul le port Lightning ou USB-C permet de connecter un accessoire audio, ce qui suppose de vérifier que l’équipement envisagé dispose d’un convertisseur analogique vers numérique compatible. Cependant, la prise mini-jack 3,5 mm que l’on pensait irrémédiablement condamnée il y quelque temps n’a pas totalement disparu pour autant.
Ainsi, certains constructeurs comme Huawei avec le P30, Sony avec les Xperia 1 et 10 II ou encore Samsung avec les Galaxy S10 ont maintenu la fameuse prise casque sur certains modèles. Voilà qui permet alors de connecter micros ou casques directement en analogique, mais avec parfois quelques surprises, aucune norme de câblage n’étant en vigueur.
Ensuite, on pourrait être tenter de garder à poste un micro caméra doublé soit d’un micro-cravate ou d’un micro main, comme sur une caméra broadcast, mais cela suppose soit de passer par des configurations lourdes comme le récepteur HF Saramonic SP RX9, soit de développer un rig pour y fixer le micro, le récepteur et une petite interface généralement issue du monde du home-studio comme Saramonic et IK Multimedia en proposent.
Mais rien n’est simple car ces produits ne sont pas franchement adaptés à la fixation sur un rig, ni à la rudesse des tournages en extérieur. Au bout du compte, l’ensemble devient moins maniable, sans parler des nombreux connecteurs et adaptateurs nécessaires rendant l’ensemble plus ou moins fiable…
Le plus simple reste sans doute d’emporter sur le tournage les micros de votre choix (micro caméra, micro-cravate ou micro main) et de les connecter sur le smartphone en fonction de vos besoins du moment, comme un photographe ou un cameraman changerait ses objectifs. Pour les micro caméra, des constructeurs comme Shure ou Røde proposent des modèles légers adaptés à chaque connectique (mini-jack, USB-C ou Lightning des iPhones).
Il existe ensuite quelques options pour connecter en filaire des micros cravate comme par exemple les Røde SC6-L ou smartLav+ ou des micros main comme le HandMicDigital de Sennheiser ou le Irig Mic HD chez IK Multimedia.
Mais la miniaturisation et la baisse de prix des systèmes sans-fils adaptables au smartphone mérite que l’on s’y attarde. Exploitant la plage de fréquences 2,4 GHz de la wi-fi, le chinois Saramonic propose ainsi la gamme Blink 500 dans laquelle on trouve un étonnant petit récepteur double disponible au choix en version RX Di (interface Lightning) et RX UC (interface USB-C) ou RX (sortie analogique mini-jack) qui se connecte directement au smartphone sans passer par un câble adaptateur.
L’ensemble permet d’utiliser au choix un ou deux micros cravate sans-fil mais qui seront dans ce cas mixés en mono. Ce produit ne propose hélas pas de sortie casque ni réglage du niveau de sortie, mais sa légèreté et sa simplicité en fait une solution à considérer.
L’appareil photo
Comme évoqué précédemment, on peut, suivant le type de tournage, préférer la légèreté en ne fixant sur l’appareil photo qu’un seul micro à la fois suivant la situation ou au contraire laisser à poste le micro caméra sur une entrée, l’autre étant dédié à un micro filaire ou à un récepteur pour micro sans-fil. Reste à choisir le type d’accessoire. Historiquement, les appareils photo utilisés en vidéo proposaient un équipement audio médiocre : pas d’entrée pour micro externe, pas de possibilité d’écoute casque et même souvent un niveau automatique non débrayable…
Comme les micros caméras et les systèmes sans-fils légers n’existaient pas, les utilisateurs de DSLR n’avaient d’autres choix que d’utiliser des microphones et des récepteurs HF identiques à ceux que l’on trouve sur les petites caméras en passant par des mixeurs miniatures plus ou moins adaptés ou des enregistreurs miniatures qui se sont au fil du temps adaptés à ce nouveau marché.
À différents niveaux de prix et de qualités différentes, des produits comme le Tascam DR 60, les Sound-Devices Mix Pre-3 ou 6 ou le Zoom F6 offrent un ensemble de fonctions adaptées. Ils se fixent sous l’appareil photo, permettent l’utilisation d’un pied et proposent des sorties conçues pour envoyer les différentes sources sur les deux pistes de l’appareil photo.
L’enregistrement des sources peut s’effectuer en isolé et une écoute casque de qualité est également disponible. Pour les utilisateurs déjà équipés en micro et HF, l’option reste aujourd’hui intéressante, car elle permet d’alimenter en 48V les microphones et de bénéficier de la fiabilité du connecteur XLR. Elle présente l’avantage de fonctionner et d’offrir en garantie une qualité audio satisfaisante quelles que soient les possibilités audio de l’appareil photo. Par contre, le risque d’alourdir et de complexifier l’ensemble est réel, sachant qu’il faut prévoir l’alimentation pour l’ensemble, démarrer deux appareils pour chaque plan et prévoir la synchro image son si l’on exploite les enregistrements audio. Une solution à réserver à un public averti et des tournages plutôt sur pieds ou monopode.
Si vous êtes équipés d’un appareil photo récent, il y a de forte chance qu’il soit doté du trio gagnant : prise casque, entrée pour micro externe doté d’un niveau micro réglable en manuel. Dans ce cas, vous pouvez vous tourner vers des produits dotés de connecteurs mini-jacks, moins résistant certes, mais également plus légers et dont la qualité sera comparable à ceux évoqués plus haut pour les smartphones. Des références comme les MKE 400 ou MKE 200 chez Sennheiser ou la gamme Videomic de Røde sont conçues pour faire office de micros caméra avec un formfactor adapté à la dimension d’un appareil photo.
Du côté des produits sans-fils, on trouve des liaisons numérique 2,4 GHz avec des récepteurs miniatures et des émetteurs main ou cravate chez Sennheiser (XS Wireless Digital), Røde (Wireless Go) et Saramonic (Blink 500 et 500 Pro).
Et pour garder l’ensemble fixé et connecté à demeure sur l’appareil photo, on peut y associer un petit mixeur passif tout en mini-jack doté de plusieurs fixations format griffe flash comme le DXA Go de Beachtek ou le SR AX 100 chez Saramonic. L’ensemble reste alors léger, compact et ne nécessite pas d’alimentation supplémentaire.
Notons qu’il existe également des petits mixeurs actifs dotés de sortie casque, mais la qualité audio est rarement au rendez-vous sur les premiers prix. On atteint rapidement le prix d’un mixeur-enregistreur dès qu’on monte en gamme… Enfin, un peu à part dans les gammes d’accessoires de constructeurs tels Sony ou Panasonic, il existe des modules audio dédiés à une gamme d’appareils photo à fixer sur la griffe intelligente (hot shoe). Par exemple, l’accessoire Sony XLR K3M tire son alimentation du boîtier photo qui reçoit en échange les canaux audio par ce port dit intelligent. L’intégration est parfaite, mais le prix dépasse les 500 euros, sans micro. Dans le même esprit, Panasonic propose le module DMW-XLR1E compatibles avec le Lumix GH5.
Le caméscope de poing
Avec les gammes dites « prosumers » (Canon Legria, Sony HandyCam, Panasonic HC VX) dotées d’une entrée mini-jack pour micro externe et d’un niveau audio réglable, on se retrouve avec des problématiques similaires à celles évoquées plus haut pour les appareils photo que l’on peut résoudre aves les mêmes solutions. Il faut passer sur les entrées de gamme pro pour bénéficier de deux entrées XLR avec l’alimentation 48V disponible soit en fixe, soit sous forme d’un module amovible sur les modèles les plus compacts (gamme XA chez Canon, caméscopes HC-X2000 chez Panasonic et PXW-Z90 chez Sony). Sur l’ensemble de ces modèles, un grand choix de microphones statiques et de récepteurs HF professionnels se connectent facilement.
Pour le micro caméra, s’il faut un canon, les modèles courts sont évidemment plus faciles à vivre, mais également moins sélectifs que les modèles équipés d’un tube plus long. Un produit comme l’Audio-Technica AT 875R offre une bonne sensibilité, une longueur réduite (17 cm) pour un tarif raisonnable, mais il existe de nombreuses alternatives sur les catalogues de fabricants européens, japonais, américains et même chinois. En restant dans des produits accessibles, un cardioïde comme l’Audio Technica AT2031 se montre adapté à la captation d’ambiance mono sur caméra. Il est à la fois sensible, résistant aux forts niveaux et abordable, mais là aussi, de nombreuses références peuvent convenir.
En situation d’interview fixe, un micro main à fil initialement conçu pour la scène type Shure SM 58 ou Sennheiser e835 peut parfaitement faire le job à condition d’être gardé prêt de la bouche et donc présent dans le cadre, façon reportage d’actu. On peut leur préférer des modèles plus longs, spécialement conçus pour l’exercice et qui pourront éventuellement se placer bord cadre comme le Røde Reporter ou le Sennheiser MD 46. Dans ces conditions, le fait de bénéficier d’une robuste connectique XLR à verrouillage facilite les choses, même si encore une fois, quand on a gouté à la souplesse du sans-fil, difficile de revenir en arrière.
Sur les petites caméras, deux approches coexistent : rester sur des systèmes HF analogiques éprouvés évoluant dans l’espace 470 à 694 MHz ou céder aux charmes des solutions sans-fil numériques évoluant sur des plages de fréquences ouvertes au grand public, la HF numérique restant pour l’instant réservée aux solutions haut de gamme. En HF analogique, la gamme Sennheiser Evolution 100 disponible aujourd’hui en quatrième génération reste très populaire. Un succès que l’on peut expliquer par le prix abordable, la solidité, un poids et une consommation raisonnable sans oublier une fiabilité de transmission satisfaisante.
Plus haut dans la gamme et dans les performances tant HF qu’audio, on peut citer également Wisycom, qui avec ses récepteurs compacts MPR a marqué des points sur de nombreux marchés, notamment chez les broadcasters et les utilisateurs chevronnés séduits par sa plage de fréquences très étendue et la robustesse des liaisons.
Côté émetteur, beaucoup d’utilisateurs ont opté pour le duo émetteur ceinture/émetteur plug-on permettant au choix d’utiliser soit un micro-cravate, soit un micro main filaire que l’on transforme ainsi en micro sans-fil. Si maîtriser les réglages audio ou avoir à changer une fréquence en cas de soucis vous rend nerveux, les liaisons numériques sont faites pour vous. Sennheiser propose ainsi la solution AVX Combo Set comprenant le récepteur miniature, l’émetteur ceinture et l’émetteur main. L’ensemble utilise la plage des 1,9 GHz des téléphones DECT et a été conçu pour être très simple à utiliser. Notons que la latence de monitoring est de l’ordre de 19 ms, un décalage audible au casque, mais absolument pas gênant pour la synchro image/son.
Extrait de l’article « Comment choisir sa caméra et ses accessoires ? » paru dans Sonovision #23, p. 30-45. Cet article est issu de notre hors-série « Décideurs AV 2021 ». Pour découvrir la suite de ce dossier, Abonnez-vous à Sonovision (4 numéros/an) et recevez en cadeau un exemplaire de ce hors-série. Ce hors-série est également disponible seul en papier ou digital ici sur le site sonovision.com.


















