Quatre questions à Nicolas d’Alessandro, cofondateur d’Hovertone

Rencontre avec Nicolas d’Alessandro, cofondateur d’Hovertone (« L’Odyssée des Éléments » pour SparkOH !, « Lumières de femmes » pour la Maison Louise de Bettignies…).

Publié le 05/11/2025

 

Agence créative spécialisée dans les installations digitales interactives (espace immersif, vidéomapping, tactile monumental), la société belge Hovertone (Mons) développe depuis peu des projets à base d’IA.

 

Les musées ont-ils des attentes particulières envers les IA utilisées en médiation culturelle ?

Les musées veulent surtout être sûrs de maîtriser les contenus transmis aux visiteurs et qu’ils soient exempts d’hallucinations. Nos solutions portent donc à la fois sur le développement d’algorithmes mais aussi sur la manière de les utiliser afin de se conformer aux exigences de cette médiation culturelle. Qu’elles soient en mode text to text (ChatGPT par exemple) qui permet de créer des agents conversationnels ou en mode text to image, celles-ci garantissent la véracité du propos scientifique ou historique, et le contrôle détaillé de la médiation.

 

Comment avez-vous procédé pour développer le dispositif de médiation du Centre minier à Lewarde ?

 

Le Centre historique minier à Lewarde diffuse des témoignages vidéo, à taille réelle, d’anciens mineurs. © DR

Ce projet s’inscrit dans une réflexion sur la pertinence de l’IA dans la transmission de la mémoire d’un patrimoine et ce, dans le respect des témoignages des personnes interviewées et du public. Nous avons entraîné un modèle d’IA de génération de textes open source (Llama de Meta) uniquement sur un corpus de transcription textuelle élaboré à partir des interviews vidéo menés avec trois anciens mineurs (une soixantaine d’heures). Des corrections ont dû être apportées du fait de leur accent et du vocabulaire spécifique employé. Ce modèle open source fonctionne en local sur l’ordinateur de l’institution, ce qui garantit une autonomie par rapport aux outils. L’originalité de notre modèle (par rapport à un chatbot) repose sur le fait que, une fois la question posée par les visiteurs, un autre algorithme IA est utilisé pour retrouver dans le corpus vidéo le texte non modifié se rapprochant de la production du modèle de langue. Le visiteur découvre alors des segments originaux d’une cinquantaine de secondes, et non des vidéos fabriquées de toutes pièces. Il a ainsi la sensation que le mineur répond à sa question.

 

Pour le musée de la Photographie à Charleroi (projet en cours), vous utilisez une autre méthode que celle de l’« agent conversationnel » pour découvrir l’immense fond photographique de l’institution. Pourquoi ?

À Lewarde, l’agent conversationnel s’imposait parce qu’une information devait être transmise. À Charleroi, il s’agit plutôt d’une balade dans un fond photographique très riche (environ 250 000 photos). Le modèle de langue utilisé permet de décrire chaque image selon différentes thématiques. Le corpus textuel ainsi généré est composé de plusieurs centaines de milliers de lignes de texte. À partir d’une borne d’exploration interactive équipée d’un vidéoprojecteur, ces images peuvent être appelées via des prompts et venir s’afficher au milieu d’une galaxie d’images afin de parfaire la sensation d’immersion. Le dispositif comporte aussi un potentiomètre qui matérialise la présence de l’IA dans cette requête. Plus les critères de sélection sont nombreux, plus le taux d’IA augmente. Ce potentiomètre répond au souhait de transparence des musées qui tiennent à assurer un cadre de médiation autour de l’IA.

 

Avec l’irruption de l’IA dans les dispositifs de médiation, l’expérience visiteur va-t-elle se modifier ?

L’IA s’inscrit déjà dans une large palette d’outils de médiation (projection murale, interaction tactile, etc.). Nous avons été parmi les premiers, il y a dix ans, à proposer de l’immersif monumental et de l’interaction tangible avec les Magic Boards. Même si ce dispositif (de dix mètres de long), que nous continuons à produire, demeure un support de médiation très apprécié par le public, nous recherchons toujours de nouvelles formes de médiation et de manières de l’engager. Nous explorons ainsi, depuis plus d’un an, les miroirs interactifs qui permettront aux visiteurs de se projeter dans une histoire. Plusieurs projets de ce type d’interaction situationnelle utilisant les propres silhouettes des visiteurs sont actuellement en cours de développement. D’une manière générale, l’agent conversationnel ne représente qu’une petite fraction des possibilités de l’IA générative. Cette technologie n’intervient toutefois que dans un cinquième des productions d’Hovertone. À nous, agence créative, de trouver l’outil servant au mieux le propos de l’institution.

 

Extrait de l’article paru pour la première fois dans Sonovision # 40, p. 36 – 39

Articles connexes

L'interface de gestion des médias de Streamlike V6, avec l’aperçu d’une vidéo dans le lecteur intégré et l’accès à la bibliothèque de contenus

Hervé Nougier : « L’IA nous a permis d’aller beaucoup plus loin que prévu avec Streamlike V6 »

La plateforme de diffusion et d’hébergement vidéo destinée aux entreprises et aux organismes publics, Streamlike, franchit une nouvelle étape avec sa V6, huit ans après sa précédente version majeure. Cette refonte met l’accent sur la sobriété numérique, l’accessibilité et l’intelligence artificielle. Hervé Nougier, responsable de[...]
Les dix Trophées et douze Coups de cœur 2026 donnent à lire cinq évolutions majeures des usages audiovisuels.

Trophées SATIS 2026 : ce que le palmarès raconte des nouveaux usages audiovisuels

Et si l’on regardait les Trophées SATIS 2026 comme un observatoire des usages ? Derrière les dix Trophées et douze Coups de cœur, cinq mouvements se dégagent : des systèmes mieux orchestrés, des workflows IP plus matures, une IA intégrée aux outils, des dispositifs plus[...]
Six candidatures aux Trophées annoncent une première présentation au SATIS 2026 ou en France.

SATIS 2026 : six premières qui se distinguent

Caméra PTZ à obturateur global, multiviewer IP, réseau 5G privé, micro-casques, plateforme de gestion des masters et prise de vue aérienne en ULM : six candidatures aux Trophées SATIS annoncent une première présentation au salon ou en France. Une sélection à lire par les usages.[...]
Le mur INFiLED WT Series de la Hochschule Düsseldorf associe 48 caissons pour afficher les travaux des étudiants en 5 120 × 2 160 pixels. © INFiLED

Mur LED INFiLED 5K 21:9 : une nouvelle approche de l’affichage dans l’enseignement audiovisuel

À la Hochschule Düsseldorf, les étudiants en médias disposent désormais d’un mur LED 21:9 de près de cinq mètres de large. Intégrée par AbisZ Medien, cette installation INFiLED associe précision d’affichage, robustesse et maintenance simplifiée pour accompagner l’enseignement de l’image.[...]
Trophées SATIS 2026 : des innovations qui dessinent les nouveaux usages de l’audiovisuel

Trophées SATIS 2026 : des innovations qui dessinent les nouveaux usages de l’audiovisuel

Écrans, intégration, expériences immersives, automatisation, services… Les candidatures aux Trophées SATIS 2026 donnent à voir un audiovisuel qui se réinvente au contact des usages. Une sélection à explorer dès aujourd’hui pour imaginer ses prochains projets.[...]
© WSDG

WSDG repense l’acoustique du planétarium ZEISS

Pour ses cent ans, le planétarium ZEISS de Iéna, en Allemagne, a modernisé ses installations audiovisuelles. WSDG a repensé l'acoustique de cette salle historique pour intégrer un nouveau dôme de projection, un système audio immersif HOLOPLOT et une image fulldome 8K, tout en préservant son[...]

Sonovision évolue

Créez votre compte gratuit et profitez d’un accès illimité à l’ensemble des contenus Sonovision : actualités, dossiers, magazines en ligne, archives et newsletters exclusives.

Dernières Vidéos

Magazine online, Sonovision est destiné aux professionnels de la communication, du hors-média, de la production corporate et de l’intégration Audio et Vidéo, dans les univers de l’entreprise, de l’évènementiel, de la muséographie et des lieux publics…

Accès rapide