Les tendances de la vidéoprojection

Si pour certaines applications, les écrans et murs Led sont plus pertinent que la vidéo projection, dans certains domaines, le vidéoprojecteur s'impose comme le meilleur outil... (dossier tiré du Sonovision #37)

Publié le 04/12/2024

Les vidéoprojecteurs font face à une concurrence de plus en plus féroce. Pour certaines applications, les écrans et murs Led proposent de véritables alternatives parfois plus pertinentes..

Mais il y a d’autres domaines où le vidéoprojecteur reste le meilleur outil, voire la seule solution, à l’image du projection mapping

La vidéoprojection poursuit sur la voie de la diversité, avec autant de solutions différentes qu’il y a d’applications. L’offre en termes de vidéoprojecteurs n’a jamais été aussi étendue qu’aujourd’hui. Quand auparavant certains produits étaient multifonctions, la multiplication des gammes n’a plus de limite. Entre les modèles portables, à ultra courte focale, à forte ou à très forte puissance, pour les salles de conférence, l’événementiel ou les expositions, ce ne sont que quelques caractéristiques démontrant la variété du choix. Les fabricants participent à ce foisonnement qui se retrouve dans leur communication et sur leurs sites Internet. Par exemple, une recherche sur le site d’Epson retourne une liste de 95 vidéoprojecteurs avant d’appliquer des filtres.

 

L’optique Barco TLD+ à ultra courte focal et à renvoi d’angle facilite une intégration « discrète » des vidéoprojecteurs les plus puissants. © Barco

La catégorie résidentielle est un peu en perte de vitesse avec une offre qui s’est repositionnée principalement sur trois créneaux : l’entrée de gamme portable à prix très accessible, l’ultra courte focale pour concurrencer les téléviseurs géants et le très haut de gamme pour les salles de cinéma privées. En-dehors de ces catégories, bien qu’il existe des alternatives, il reste assez peu de choix.

Les écrans TV de 77 et 85” sont devenus bien plus accessibles, et surtout moins chers que les vidéoprojecteurs de milieu de gamme. Avec des tailles d’image assez semblables pour un usage classique, les téléviseurs offrent bien plus de polyvalence. Ils ne nécessitent pas de fermer les volets en journée par exemple. Et les vidéoprojecteurs suffisamment lumineux pour fonctionner avec la lumière naturelle présentent un tarif clairement trop élevé. La résistance du monde de la projection passe par l’ultra courte focale car elle simplifie l’installation. Ce type de projecteur est bien plus discret qu’un grand écran posé sur un meuble ou accroché au mur dans une pièce de vie.

 

Le petit vidéoprojecteur mobile sur batterie BenQ GV50 bénéficie de réglages entièrement automatiques grâce à son capteur à côté de l’objectif. © BenQ

En revanche, la diversité est toujours de mise dans le domaine des vidéoprojecteurs professionnels. La source laser a remplacé les lampes chez quasiment tous les fabricants. Seuls quelques modèles d’entrée de gamme conservent une lampe mais ils devraient disparaître définitivement d’ici peu. Les technologies d’affichage n’ont pas changé : chaque fabricant a sa préférence entre le DLP, le LCD ou le LCoS. Pour l’instant, on ne note pas de prédominance de l’une ou l’autre et chacun conserve sa technologie de prédilection : DLP chez Christie et Optoma, LCD chez Epson et Panasonic, LCoS chez JVC et Sony. Cette liste n’est pas exhaustive et certains proposent parfois deux technologies différentes, selon le niveau de gamme ou l’usage des produits.

Les évolutions se trouvent plutôt du côté du rapport prix-poids-puissance et du logiciel. D’une part, les technologies autour du laser se démocratisent. Les machines deviennent plus puissantes tout en gagnant en légèreté. Lorsque le tri-laser RVB était réservé auparavant au très haut de gamme, on le trouve désormais sur des produits accessibles, y compris dans les vidéoprojecteurs UST pour le résidentiel. D’autre part, un vidéoprojecteur embarque de plus en plus de fonctions pour un usage autonome. Mais pas seulement. Associé à des solutions logicielles externes, les intégrateurs peuvent mettre en place toutes sortes d’installations répondant aux attentes des donneurs d’ordres en termes de créativité numérique moderne : multi-projecteurs, immersivité, interactions, etc.

 

La résistance s’organise dans les salles de réunion

La salle de réunion est le lieu le plus compétitif pour les vidéoprojecteurs. Auparavant incontournables, ils ont été remplacés petit à petit par des moniteurs de plus ou moins grande taille. On peut accéder maintenant très facilement à des écrans 4K de 75, 86 ou 100”. À ceux-là s’ajoutent les modèles récents au format 21/9e offrant une nouvelle façon de collaborer ainsi que les murs Led disponibles le plus souvent en 135” via des modules à associer et cerclés d’un cadre. Avec cette offre, le vidéoprojecteur devient beaucoup moins intéressant, ne pouvant rivaliser en termes de polyvalence et de qualité d’image. En outre, tous ces moniteurs sont tactiles.

 

Idéal pour le projection mapping avec 50 000 ISO lumens, le Christie Griffyn 4K50-RGB bénéficie de la technologie True Laser pour un respect de l’espace colorimétrique Rec.2020 à 98 %. © Christie

Mais la vidéoprojection reste encore largement présente à travers les modèles à ultra courte focale, un peu dans les salles de réunion, beaucoup dans l’éducation. Quasiment toutes les salles de classe de toutes les écoles de France sont équipées de vidéoprojecteurs UST. La transition vers des moniteurs tactiles ne se fera pas tout de suite. Dans cet usage précis, un vidéoprojecteur installé juste au-dessus du tableau blanc est forcément moins fragile qu’un moniteur, même si ces derniers sont équipés de verres renforcés spécifiques.

Cependant, dans le monde de l’entreprise, le vidéoprojecteur reste souvent un appareil mobile. Cela se justifie dans les entreprises qui souhaitent une solution à bas coût pouvant être déplacée selon les besoins pour différents usages, pas uniquement dans la salle de réunion. On remarque qu’ils peuvent être remplacés par des modèles mobiles grand public, bien que les installateurs ne puissent conseiller cette transition.

En effet, les vidéoprojecteurs grand public sont plus compacts et donc facilement transportables. Ils délivrent des images toujours plus lumineuses grâce à la technologie laser progressant années après années, même dans les petits produits d’entrée de gamme. En outre, certains modèles bénéficient de fonctionnalités d’auto-calibrage grâce à la présence d’une mini caméra intégrée dans le projecteur, juste à côté de l’objectif. Ainsi, aussitôt l’image affichée, la machine se recalibre en corrigeant le trapèze pour une image parfaitement droite ainsi que le focus.

D’autres modèles grand public bénéficient des fonctions Miracast ou Google Cast pour transmettre l’image de l’ordinateur portable sans fil vers la machine. C’est un confort d’usage sans précédent qui démocratise l’usage de la vidéoprojection pour n’importe quelle activité et à destination de tous les collaborateurs, sans avoir besoin de connaissances techniques.

 

Le Panasonic PT-RQ25K combine puissance et compacité. © Panasonic

 

Les domaines de prédilection de la vidéoprojection

Dans les salles de cinéma, la vidéoprojection de très forte puissance est toujours la technologie de référence. Dans ce domaine aussi, les alternatives en affichage direct sont apparues. Les murs Led se composant via l’association de modules, on peut créer un mur aussi grand que les plus grands écrans de cinéma.

Poussée principalement par Samsung, cette technologie n’a pas encore pris son envol. Il existe un certain nombre de salles dans ce monde avec un mur Led à la place d’un vidéoprojecteur, très peu en France. Cela n’a pas vraiment pris à cause des contraintes induites. Le placement des enceintes est différent car, forcément, il ne peut y avoir d’enceintes derrière l’écran. Certains se plaignent d’un résultat acoustique trop différent d’une salle traditionnelle, à l’avantage de cette dernière. Et puis même si l’image est infiniment plus contrastée grâce au support du HDR, elle ne correspond pas forcément à l’image projetée caractéristique du cinéma à laquelle tout un chacun est habitué. La transition aura peut-être lieu un jour, mais nous en sommes encore loin.

Pour revenir aux vidéoprojecteurs, les systèmes de forte puissance évoluent en occupant moins de place pour autant de lumens. Les ensembles où l’optique est distincte des lasers, placés dans des armoires déportées, peuvent être remplacés dans certains cas par les nouveaux vidéoprojecteurs tout-en-un de forte puissance, tout du moins dans les salles de taille moyenne.

 

Le Panasonic PT-RQ25K, une combinaison adaptée à la création d’espaces immersifs. © Panasonic

La muséographie, les parcs d’attraction et les installations temporaires bénéficient toujours des possibilités de la vidéoprojection. Bien sûr, on peut créer des murs d’image ou multiplier les moniteurs, le tout avec des ratios d’image totalement sur mesure. Mais le vidéoprojecteur est incontournable pour les expériences immersives qui correspondent à la tendance actuelle.

Seuls les vidéoprojecteurs peuvent couvrir des surfaces non conformes, jusqu’à la totalité d’une pièce, au sol comme au plafond. Différentes méthodes existent pour placer les machines hors de la vue des visiteurs grâce des objectifs fixes ou interchangeables à renvoi d’angle comme on peut les trouver chez Barco, Christie et Fujifilm. En outre, de plus en plus de machines acceptent d’être installées à 360°, la tête vers le bas s’il le faut.

 

Dix vidéoprojecteur M-Vision 21 000 WU de 21 000 lumens illuminent cette tour située à Denver, dans l’État du Colorado aux USA. @ Digital Projection

 

S’il ne devait rester plus qu’une application à la vidéoprojection, ce serait le projection mapping. Voilà un domaine qui suscite toujours autant d’intérêt. Les événements ponctuels tout comme les installations récurrentes, à l’image de la Fête des Lumières chaque début décembre à Lyon, ne peuvent se passer de la vidéoprojection. Aucune autre technologie n’est capable à ce jour de peindre les façades des bâtiments de façon numérique pour leur donner vie. Les fabricants de vidéoprojecteurs haute puissance tels que Digital Projection, Panasonic ou NEC publient régulièrement sur leurs sites des exemples d’installations remarquables faisant appel à leurs produits dans ce domaine.

Quoi qu’il arrive, afficher des images sur n’importe quel type de surface passera toujours par de la projection. À moins que d’autres technologies qui n’existent pas encore soient capables de la remplacer. Nous en sommes encore loin, si tant est que cela puisse un jour advenir.

 

Le logiciel, allié incontournable des vidéoprojecteurs

La suite logicielle Hippotizer en association avec les serveurs vidéo Green Hippo permet de concevoir le projection mapping en 3D et de visualiser le résultat sous toutes ses coutures avant d’être sur site. © Green Hippo

 

On parle ici des vidéoprojecteurs, mais il existe en parallèle tout un écosystème d’éditeurs de solutions logicielles et matérielles associées afin de gérer la manipulation, le traitement et la transmission des images vers les machines, quelle que soit la complexité du projet. Dans ce domaine, les innovations se succèdent, comme on peut le vérifier chaque année lors du salon de l’ISE. Il existe donc un écosystème complet d’excellence, car nécessitant souvent de très grandes capacités de calcul, qui ne cesse de se réinventer.

Certains fabricants de vidéoprojecteurs disposent en interne des outils de traitement plus ou moins évolués afin de proposer à leurs clients des solutions clé en main. C’est le cas des serveurs Event Master chez Barco ou des serveurs Pandoras Box chez Christie. Parfois, les vidéoprojecteurs eux-mêmes sont capables de gérer les raccords d’images entre plusieurs unités ainsi que les déformations d’images. Dans d’autres cas, il faudra se reposer sur la puissance d’un processeur externe et de sa suite logicielle associée.

 

Au musée de la Culture de Kadokawa au Japon, plus de 30 vidéoprojecteurs Digital Projection E-Vision Laser 10K, équipés pour certains d’optiques à ultra courte focale, créent un environnement immersif à 360°. © DR

 

Ce sont justement les développements dans ce domaine qui manquaient à Panasonic pour poursuivre son développement dans la projection professionnelle de forte puissance. Malgré la présentation lors des derniers salons d’un premier processeur faisant aussi office de serveur de médias, la société a annoncé au début de l’été se séparer de son département vidéoprojection en revendant 80 % des parts à un fonds d’investissement. Il ne faut pas voir cet exemple comme un échec ou une perte d’intérêt pour la projection en général. Ce sont au contraire des demandes toujours plus pointues qui obligent les fabricants à répondre aux attentes avec les produits adéquats.

Les projets immersifs, de projection mapping ou d’événementiel demandent à la fois des projecteurs puissants à la qualité d’image excellente sur tous les critères, mais aussi des outils pour les nourrir. Le développement dans ce domaine par les fabricants de machines comme de ceux qui conçoivent uniquement les processeurs et autres serveurs vidéo est vital pour le monde de la vidéoprojection. L’un ne pourra plus aller sans l’autre.

 

Article paru pour la première fois dans Sonovision #37 p.22-25

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