Les services de musique en ligne contribuent également aux ambiances sonores omniprésentes en se substituant aux supports classiques tels que les CD et les clés USB. Les fabricants d’amplificateurs et d’enceintes redoublent d’ingéniosité pour proposer des produits aux performances au-delà de tout soupçon. La musique de fond de qualité moyenne s’est transformée en un véritable vecteur de confort et de communication, complémentaire à l’affichage vidéo et à l’éclairage architectural.
L’audio distrait et interpelle
Dans tous les lieux destinés à recevoir du public, que ce soient des endroits ouverts comme les commerces ou des endroits privés comme des locaux professionnels, la notion de diffusion sonore a toujours été présente. Tout d’abord pour des questions de sécurité, afin de lancer une alarme ou un message d’alerte en cas de problème tel qu’un départ d’incendie. Ce type de système a longtemps été séparé de l’éventuel réseau de diffusion musicale. Les deux univers se sont rassemblés, même s’ils peuvent toujours être distincts. La fusion a été rendue possible grâce à la montée en gamme de la qualité des haut-parleurs et de l’amplification associée. Ces produits sont disponibles dans des budgets très accessibles depuis des années maintenant.
La diffusion de musique dans les commerces était confiée dans le passé à des enceintes de piètre qualité. Pour un simple fond sonore, la performance était accessoire. Les commerces haut de gamme s’éloignaient des propositions professionnelles pour utiliser parfois des systèmes audio grand public afin d’atteindre la qualité recherchée car on s’est rendu compte que la qualité audio avait un véritable impact. Elle pouvait aller jusqu’à modifier les intentions d’achat des clients. Certaines enseignes se sont mises à créer leurs propres bandes son, une sorte de signature associée à la marque. Ce n’est pas pour rien que des chaînes de restauration et d’hôtellerie premium se sont mises à vendre leurs compilations sur CD. On entre ici dans le domaine du marketing sonore. La qualité du matériel est alors devenue un vrai facteur de choix.
Avant que les fabricants ne développent des produits audio spécifiques à cet usage, les installateurs ont détourné des solutions de leur application initiale. Des enceintes de DJ ou issues du home cinéma se sont retrouvés dans des boutiques ou des restaurants. Cependant, elles répondaient rarement aux normes des lieux recevant du public en termes de sécurité de fixation ou dans l’emploi de matériaux sans retard de feu. De plus, le type de câblage de ces enceintes non professionnelles n’est pas toujours adapté aux très grandes longueurs, ce qui peut engendrer des problèmes techniques.
La musique dans les lieux publics est à mettre au même niveau que l’affichage dynamique. L’objectif n’est plus de remplir un fond sonore pour accompagner les brouhahas de la foule. Elle embarque le client ou le visiteur dans un univers, même si cela s’effectue de façon inconsciente. Le résultat est un savant dosage de qualité d’installation et de choix musicaux. La notion de message vocal n’est alors plus qu’une formalité. Sans parasite ni bande passante limitée, les annonces micro seront parfaitement délivrées et comprises par les personnes, qu’elles répondent à des objectifs publicitaires ou de sécurité.
La musique avec ou sans fil ?

L’omniprésence du wi-fi nous pousse à penser sans fil. Dans le cadre domestique, la musique diffusée à travers le réseau ne pose pas de problème. Une coupure intempestive de temps à autre reste acceptable ce qui n’est pas le cas des environnements professionnels et commerciaux où les liaisons doivent fonctionner 24h/24. Surtout lorsque l’on pense aux situations d’urgence pouvant survenir sans prévenir : c’est un moment où la perte de connexion wi-fi n’est pas acceptable. La sonorisation filaire est donc à privilégier dans les lieux publics.
Cependant, quelques solutions sortent du lot grâce à des technologies innovantes. C’est ce que propose par exemple Loud of Sweden avec sa gamme d’enceintes sans fil. Tout d’abord, les enceintes ont l’avantage de s’alimenter par les mêmes rails électriques que ceux utilisés pour l’éclairage par spots. La liaison audio sans fil passe par un système propriétaire radiofréquence. Afin d’être immunisé face aux ondes concurrentes, et plus particulièrement aux réseaux wi-fi existants, le système les analyse et se positionne dans des bandes de fréquences libres. Ce type de solution fiabilise la connexion pour rejeter les autres liaisons adjacentes parasites. Le sans-fil s’envisage uniquement avec des systèmes de ce type garantissant une immunité totale aux risques de coupures.
Pour plus de sérénité, beaucoup d’installateurs préféreront se reposer sur les solutions filaires. Il existe trois grandes familles : la liaison faible impédance, la liaison haute impédance 70/100 V et la connectivité IP. La première correspond à un câblage haut-parleur classique où chaque enceinte est reliée directement à l’amplificateur centralisé dans une armoire technique. C’est la plus contraignante. Avec la seconde, les liaisons passent en mode série et acceptent de grande longueur sans perte. Ces deux types de câblages ont fait les beaux jours de la sonorisation pendant de nombreuses décennies. Jusqu’à être bousculés aujourd’hui par l’audio sur IP qui les fera disparaître dans un futur plus ou moins proche.
En audio sur IP, les enceintes sont simplement connectées au réseau informatique. Ce qui offre la possibilité de créer des systèmes virtuellement sans limite en termes de nombre de zones et d’enceintes tant qu’il y a des ports RJ45 disponibles. Si la longueur de câble est limitée à cent mètres en Ethernet, en basculant le signal sur de la fibre optique, plusieurs kilomètres peuvent être atteints sans problème. Le second avantage de l’audio sur IP est lié au PoE ou PoE+, c’est-à-dire l’alimentation par le câble réseau lui-même. Une nouvelle fois, cela simplifie grandement le câblage, puisque l’alimentation en courant de chaque enceinte est délivrée directement par les switchs réseau.

Un type d’enceinte pour chaque environnement
Les lieux recevant du public comme les centres commerciaux, les musées ou les stades diffèrent par leur architecture. Cette dernière influence le choix des enceintes. Selon la hauteur sous plafond, la décoration, les matériaux, il faudra sélectionner le type d’enceinte compatible. Lorsque les plafonds sont très hauts, l’enceinte en suspension s’adapte via son filin de maintien. Il en existe de toutes formes pouvant être peintes pour se fondre totalement au sein des autres équipements techniques, du type gaines de chauffage et de climatisation.
L’enceinte en applique représente la solution la plus courante. Là encore, elle peut prendre différents formats : cubique, sphérique, allongée, plate, etc. Une large palette de supports assure leur maintien et leur orientation vers la zone d’écoute. Assez basiques dans leur présentation, elles font de plus en plus appel à la couleur. À la commande, vous indiquez la référence RAL et vous recevrez vos enceintes dans le coloris choisi. Le fabricant français Devialet est allé encore plus loin en déclinant ses enceintes grand public connues mondialement dans une version custom. Les fonctionnalités sont accessibles seulement au gestionnaire et la liaison s’effectue en numérique ou en audio sur IP.

Les modèles pour l’intégration s’encastrent dans les plafonds et les cloisons murales, voire dans le mobilier. Elles assurent la discrétion sans empiéter sur l’espace vital tout en se retrouvant moins exposées aux risques d’actes de malveillance. Les enceintes encastrables existent dans de multiples formats, le plus souvent protégées par une grille prête à peindre. Quant aux enceintes invisibles, elles s’installent en affleurement et sont recouvertes par la peinture ou le papier peint pour disparaître totalement, tandis que les enceintes directionnelles diffusent le son que l’on peut entendre uniquement lorsqu’on se trouve face à elles. Le système Holoplot X1 est novateur dans ce domaine. Fonctionnant sous la forme de modules à associer, le processeur permet de paramétrer finalement la directivité horizontale et verticale pour des zones d’écoute très précises.
L’amélioration de la qualité sonore passe par une reproduction complète de toute la bande passante audible, et en particulier des basses fréquences. C’est un but compliqué à atteindre par les enceintes de taille classique. Il faut alors les compléter par un ou plusieurs caissons de basse. Cet ajout est à privilégier dans les lieux où la musique sera diffusée à un niveau soutenu, comme les boutiques et les bars. C’est le rôle du caisson Extron SF 8CT SUB à encastrer dans un plafond avec plenum. Il bénéficie d’une double connectivité à basse et haute impédance et d’un filtre passe-bas intégré.

Le nombre et l’espacement des enceintes se calcule en fonction de leur couverture sonore respective, tout comme la puissance à leur appliquer en fonction du bruit de fond. Afin de créer des zones de diffusion distinctes en contenu et en volume sonore, les enceintes se groupent et se dégroupent. Si la liaison filaire est directe, les groupes seront sûrement figés. L’audio sur IP apporte la souplesse nécessaire en permettant le groupage dynamique des zones. De plus, n’importe quel flux peut être affecté temporairement à une ou plusieurs enceintes si besoin. De nombreux logiciels existent pour définir les emplacements selon le plan du local. Ils sont souvent fournis par les fabricants d’enceintes eux-mêmes avec la prise en compte des caractéristiques techniques des modèles concernés. Basculer entre différentes configurations de zones s’effectue depuis une application ou un clavier mural simplifié accessible aux gestionnaires.
Les spécificités de la sonorisation des salles de réunion

Tout est envisageable dans les salles de réunion en termes de reproduction sonore, des plus petits systèmes aux plus imposants, à adapter aux usages de la salle. Elle peut en effet servir pour la visioconférence comme pour des diffusions multimédias. Le nombre et la disposition des enceintes dépend de la taille et de la forme de la salle comme du nombre d’utilisateurs. Les haut-parleurs intégrés au moniteur ou au vidéoprojecteur ne seront jamais adaptés à une salle pouvant accueillir vingt ou trente personnes. A contrario, il est inutile d’investir dans un système de sonorisation haut de gamme pour du travail collaboratif du type ingénierie ou architecture sur tableau blanc interactif.
Le format barre de son a la cote en ce moment. Après s’être imposés dans le salon de monsieur tout-le-monde, des modèles professionnels ont fait leur apparition chez AVer, Crestron, Nureva, Vaddio ou Yamaha. Ces barres renferment d’autres fonctions avec la présence d’une caméra et de micros pour les conférences. Équipées forcément de haut-parleurs, elles jouent parfaitement le rôle de système audio pour les salles de moins de dix personnes.
La salle de réunion est souvent appelée à recevoir des intervenants extérieurs. À ce titre, son architecture et sa décoration sont soignées afin de représenter l’image de l’entreprise. On va privilégier les systèmes audio intégrés, encastrés ou aux enceintes design. Par leur aspect trop technique et souvent volumineux, les systèmes mobiles de type « public address » sont à proscrire. Les enceintes encastrées dans le plafond représentent la solution la plus utilisée. Elles existent aussi sous forme de dalle de plafond standard 60×60 chez AtlasIED avec le modèle IP-22SYSM alimenté en PoE. Moins courantes, les enceintes en suspension aux formes originales comme les Audipack LSS cassent les codes, tout comme les enceintes extra plates à installer au plus près du moniteur, comme si elles en étaient des extensions.

L’importance de l’acoustique
Le meilleur système de traitement du son ne pourra jamais faire de miracle face à une acoustique désastreuse. Les commerces sont rarement pensés pour la reproduction correcte de la musique. Pour cette raison, le système doit souvent être accompagné d’un traitement acoustique. Les enceintes directionnelles règlent en partie ce problème, mais elles ne peuvent être la réponse à toutes les situations. Des panneaux absorbants intelligemment placés corrigeront le plus souvent les dérives. Dans l’impossibilité de traiter l’acoustique du lieu, il pourra être nécessaire de multiplier les points de diffusion tout en baissant le volume sonore global.


Dans les salles de réunion, l’intelligibilité est l’objectif numéro un à poursuivre afin de garantir des sessions efficaces et productives où les questions techniques n’ont pas à se poser. Le système doit pouvoir reproduire une conversation téléphonique comme le son du micro de la salle avec un niveau de compréhension impeccable. Des outils externes tels que les DSP sont à même de traiter le signal en temps réel pour éviter écho, larsen et bruit de fond, tout en magnifiant la bande de fréquence centrée sur les voix humaines. Shure propose la gamme de mixeurs numériques IntelliMix pour traiter ces problèmes, quelles que soient les technologies de micro utilisées. Un traitement acoustique de la salle de réunion n’est jamais à exclure afin de réduire les besoins en termes de traitement du signal.
La prochaine révolution de la sonorisation se fera en trois dimensions. Le son spatial renouvelle l’intérêt du grand public pour la musique en général. Générateur de nouvelles façons de créer la musique dans les studios, il élargit l’espace sonore pour de nouvelles expériences plus immersives, qu’elles soient liées ou non à l’image. Dans les salles de réunion, cela permettra de placer précisément les interlocuteurs dans la pièce afin de renforcer le réalisme des sessions hybrides. Les lieux recevant du public profiteront de la créativité sonore associée au son 3D pour attirer et conserver l’attention des visiteurs et des clients. Il faudra multiplier les enceintes, les micros et le traitement numérique. La simplicité de l’audio sur IP deviendra la colonne vertébrale de ces environnements sonores de nouvelle génération.
Article paru pour la première fois dans Sonovision #26, p. 20-24


