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Panorama des télécommandes polyvalentes programmables

Les pupitres de télécommande programmable sont des accessoires habituels dans les régies pour accompagner des mélangeurs vidéo, et surtout leurs versions logicielles largement utilisées pour les live diffusés en streaming. La plus connue est Stream Deck d’Elgato.

Publié le 28/01/2024

 

Ces « boîtes à boutons » élargissent sans cesse la palette d’outils qu’elles peuvent piloter et étendent ainsi leur champ d’action.

Un nombre sans cesse croissant d’outils de production audiovisuelle fonctionne sur une base informatique et leurs concepteurs choisissent de les associer avec la trilogie écran/clavier/souris, accessoires très bon marché, plutôt que de les équiper d’un pupitre dédié ou d’une surface de contrôle plus onéreuse à fabriquer.

Tant qu’il s’agit de travailler en postproduction, cette tendance ne porte pas à conséquence car les actions et les réglages à effectuer suivent le rythme de l’utilisateur. Dans le cas du direct ou d’un spectacle, la richesse et la multiplication des fenêtres affichées à l’écran constituent un sérieux obstacle pour déclencher des actions instantanées et franches dans le rythme du conducteur de l’événement. Les équipements haut de gamme sont toujours accompagnés de pupitres dédiés ou de surface de contrôle.

 

Le Stream Deck XL offre 32 touches en accès direct. Elgato propose de nombreuses collections d’icônes qui couvrent tous les types d’usage. © Elgato

Mais pour les productions légères et en particulier pour les youtubeurs qui réalisent des live en streaming grâce à des logiciels de mixage vidéo, est apparue une nouvelle catégorie de pupitres de commande, simplifiés et bon marché. De surcroît ils sont largement configurables pour les adapter à la profusion de logiciels et de situations de production. Le produit le plus emblématique de cette nouvelle catégorie d’accessoires est sans nul doute le Stream Deck d’Elgato.

Mais il n’est pas le seul produit disponible sur le marché. Faute de dénomination générique reconnue, nous appellerons ces accessoires « boîtes à boutons ». Leurs usages vont bien au-delà de la production live car leur polyvalence et l’ouverture de leur moteur logiciel démultiplient les situations de production et d’édition où ils offrent de réels avantages. Ils sont en général très facilement configurables et peuvent répondre à de nombreux besoins, bien au-delà de la production audiovisuelle, grâce à des plug-ins qui enrichissent leur palette d’usages ou à des logiciels alternatifs qui étendent encore la gamme d’équipements avec lesquels ils dialoguent. Sans parler de leur coût d’achat bien plus raisonnable que les surfaces de contrôle dédiées à une ou deux fonctions ou gammes de matériel.

Nous limiterons ce panorama à ces boîtes à boutons avec trois critères principaux : leur ouverture vers de nombreux logiciels ou outils de production grâce à l’ajout de plug-ins, une configuration qui reste simple et accessible sans passer par des développements logiciels spécifiques et enfin un coût d’acquisition qui reste raisonnable dans la tranche des 200 à 600 euros.

Nous ne décrirons pas les multiples surfaces de contrôle car celles-ci restent conçues pour une gamme limitée de produits (mixage vidéo ou audio, console lumière…) avec des nombreux organes de commandes d’actions : boutons, curseurs rotatifs ou linéaires, et même T-bar, souvent organisés en blocs logiques correspondant aux fonctions des équipements qu’elles contrôlent. De plus, vu la complexité mécanique des commandes, leur coût dépasse largement le millier d’euros.

Tous les produits ne se valent en termes d’ouverture logicielle et avant toute acquisition il est indispensable de vérifier que les équipements ou logiciels que vous souhaitez piloter fassent partie des systèmes reconnus par le concepteur de la boîte à boutons.

 

Le Stream Deck d’Elgato

La gamme des Stream Deck d’Elgato (à ne pas confondre avec le Steam Deck, la console de jeux portative de Valve) se décline en plusieurs modèles en fonction du nombre de touches programmables disponibles sur l’appareil, soit 6, 15 ou 32 touches. Chacune d’elles, dotée d’un mini-afficheur LCD, peut être affectée à une fonction ou à un équivalent clavier selon le module logiciel activé. Mais il ne faut pas s’arrêter à ce nombre de boutons visibles car chacun d’eux peut appeler une autre page de boutons de façon à démultiplier la panoplie d’actions possibles. Il est également possible de combiner les actions dans des macro-commandes.

Récemment Elgato a enrichi sa gamme avec le Stream Deck Plus, équipé de huit touches programmables associées à quatre potentiomètres, assignables à des réglages progressifs. Juste au-dessus d’eux, le constructeur placé un bandeau LCD dédié pour indiquer la fonction associée ou la progression du réglage.

 

Le dernier modèle de Stream Deck, le Deck plus, s’est enrichi de quatre commandes rotatives avec un écran dédié pour afficher leur rôle et le niveau choisi. © Elgato

L’un des points forts des Stream Deck réside dans les capacités d’affichage de chaque bouton sur lequel il est possible de visualiser au choix une étiquette alphanumérique, une mini-icône ou un logo et même des GIF animés, avec un retour d’état selon l’action déclenchée. Les Stream Deck sont fournis avec un moteur logiciel tournant sur un ordinateur (Windows ou Mac OS) avec en base une série de modules pour piloter les fonctions habituelles de l’ordinateur et les principaux logiciels de production ou de diffusion audiovisuelle. Ces possibilités sont largement extensibles grâce à des modules plug-in pour travailler avec d’autres matériels ou logiciels. Ceux-ci sont proposés dans un « market place » accessible sur le site d’Elgato.

 

Le logiciel de configuration du Stream Deck reproduit l’écran du pupitre avec le contenu des touches, tel qu’il apparaîtra sur le pupitre. © Elgato

 

Ce moteur logiciel peut être associé à un gestionnaire d’équivalent clavier et de macro-commandes comme AutoHotKey pour Windows ou Keyboard Maestro pour Mac pour commander n’importe quel logiciel disposant d’une large palette d’équivalent clavier. Ainsi les usages du Stream Deck vont bien au-delà des environnements audiovisuels ou multimédias.

 

Elgato propose une application mobile qui remplit un rôle similaire à celui d’un pupitre Stream Deck. © Elgato

Pour ceux qui souhaitent découvrir les fonctionnalités du Stream Deck sans investir dans l’achat d’un pupitre, Elgato a édité deux applications, une pour iOS et l’autre pour Android pour afficher sur smartphone ou tablette les panneaux de commandes conçus avec le moteur logiciel du Stream Deck. Ces applications sont disponibles sur abonnement à un tarif modique.

 

 

Un concurrent : le Loupedeck

Loupedeck est un constructeur finlandais qui a développé une gamme de pupitres de télécommandes destinés à optimiser les workflows de création et de diffusion à la fois pour le monde professionnel, les créateurs de chaînes YouTube live et les fans de jeux vidéo. La gamme actuelle de leurs produits se répartit en deux catégories : deux Loupedeck série Live dont les principes et caractéristiques sont similaires aux Stream Deck d’Elgato et deux autres modèles : le Loupedeck + et le modèle CT dont les concepts les rapprochent plus des surfaces de contrôle avec des boutons spécifiques, des curseurs de réglages et une molette de défilement adaptée aux travaux de montage ou d’édition vidéo et audio.

Pour les deux modèles Live, la principale différence qui saute aux yeux est la présence de deux ou six potentiomètres rotatifs de réglage pour ajuster des niveaux audio ou lumineux, beaucoup plus faciles à ajuster finement qu’avec des boutons plus et moins. C’est sans doute la présence de ces réglages ajustables qui a poussé Elgato à réagir en proposant le Stream Deck + avec ses quatre boutons rotatifs.

Les fonctionnalités offertes par les deux logiciels de configuration sont assez similaires avec la création des boutons avec, au choix, un texte ou des icônes colorées et changement d’état selon l’action enclenchée ou pas. Ils donnent l’accès aux réglages dans l’OS de l’ordinateur ou à des actions spécifiques dans un large choix de logiciels de streaming, de mixage vidéo et de production audiovisuelle mais aussi les outils plus classiques de bureautique ou encore de visioconférence.

 

Gros plan sur les commandes du Loupedeck Live S avec, à gauche, les deux potentiomètres pour ajuster plus finement des niveaux ou des paramètres. © Loupedeck

Comme Elgato, Loupedeck a mis en place une plate-forme de distribution de plug-in qui vient enrichir la palette d’outils ou de logiciels pilotables depuis le pupitre de télécommande. Attention, certains sont spécifiques à une version de l’OS, Windows ou Mac OS. Un bon nombre est gratuit mais certains sont payants.

Il est à noter que chez les deux constructeurs, leurs logiciels moteurs fonctionnent en mode démo sans avoir besoin de télécommande et qu’il est possible de consulter le catalogue des plug-ins pour vérifier si les commandes vers les logiciels utilisés sont disponibles. Il est difficile de comparer les deux offres tant la palette des plug-ins est étendue. La société Loupedeck vient d’être rachetée par Logitech qui sans aucun doute fera évoluer la gamme des produits.

Razer est un constructeur de PC et de consoles spécialisées pour les fans de jeux vidéo. Il propose deux pupitres de télécommande programmables qui en réalité sont les deux modèles Live et Live S de Loupedeck. D’ailleurs pour les configurer, l’éditeur renvoie ses clients vers le logiciel dédié de Loupedeck.

 

Un puissant « Companion »

Companion est un logiciel conçu par Bitfocus pour la création d’interfaces de pilotage compatibles avec les divers modèles de « boîtes à boutons » décrites ci-dessus. La société norvégienne fondée par des spécialistes de la production audiovisuelle et événementielle a développé Companion en mode open source pour y associer une large communauté d’utilisateurs et surtout de développeurs qui l’enrichissent d’API et de modules de pilotage, disponibles au sein de la plate-forme collaborative GitHub.

Il fonctionne sous forme d’un serveur disponible sous Windows, Macintosh, GNU/Linux et même Raspberry Pi. Une multitude de modules sont disponibles pour piloter une large palette d’équipements audiovisuels qui vont de Aja à Zoom en passant par Allen & Heath, Analog Way, Barco, Behringer, Birddog, Blackmagic, Extron, Kramer, NewTek, Panasonic, Roland, Ross ou Shure, en ne citant que quelques noms parmi les plus répandus et les plus connus dans l’univers de la communication audiovisuelle, et sans oublier de nombreux modules de domotique ou d’équipements scéniques. Companion fonctionne aussi avec les protocoles Artnet, Rosstalk, Ember +, MIDI et OSC.

 

Les domaines d’application des pupitres Stream Deck sont très larges avec, par exemple, un set-up pour contrôler une visioconférence Microsoft Teams. © Elgato

Companion est souvent associé au Stream Deck car le logiciel prend en charge les pupitres d’Elgato mais il permet de concevoir des interfaces de commande à boutons avec d’autres terminaux comme les pupitres X-Keys ou le Loupedeck, des télécommandes Midi ou OSC. Si l’on ne souhaite pas investir dans des pupitres de télécommande, il est possible de concevoir de panneaux de commande directement accessibles depuis une page Web affichée sur un ordinateur raccordés sur le même réseau.

Le module de conception des panneaux de commandes reprend les canons du Stream Deck mais il élargit considérablement le nombre d’équipements pilotables. Malgré ces similitudes, il fonctionne de manière indépendante du serveur Stream Deck. Selon la configuration de travail, il faut d’ailleurs veiller à ne pas lancer les deux logiciels simultanément sous peine de dysfonctionnements, même si leur cohabitation reste possible dans certains cas.

Vincent Berry est ingénieur vidéo et collabore régulièrement avec Multicam Systems pour la captation de plateaux vidéo. Il est un utilisateur convaincu de Companion : « Le Stream Deck a une histoire plus liée à l’univers du gaming. Je l’ai utilisé surtout dans ce domaine pour piloter OBS Studio ou VoiceMeeter, gérer des fenêtres Windows ou des alertes Twitch. Companion apporte une plus grande flexibilité en pouvant agréger plein d’équipements plus professionnels et de différents types. »

La polyvalence offerte par Companion pourrait rendre le travail de préparation moins évident qu’avec l’outil de Stream Deck. Il constate que « le système aujourd’hui est quand même beaucoup plus simple qu’il y a une époque. Déjà parce qu’on n’est plus obligé d’aller sur le GitHub à chaque fois qu’on veut utiliser Companion. On se connecte sur le site de Bitfocus et on peut télécharger Companion et accéder directement à la documentation en anglais, mais suffisamment détaillée pour que ça soit compréhensible pour tout le monde. »

Si des progrès notables ont été apportés dans les versions récentes, l’usage de ce Companion nécessite des connaissances minimales pour la configuration des réseaux et une expérience dans l’utilisation de la plate-forme GitHub pour certains modules encore en développement. Mais il reste un outil extrêmement riche et ouvert vers de multiples gammes d’équipements ou de logiciels.

 

La piste du MIDI

L’univers de la MAO (Musique Assistée par Ordinateur) fait largement appel au protocole MIDI (Musical Instrument Digital Interface) pour contrôler des synthétiseurs ou des stations audio numériques. Les commandes MIDI sont une suite de codes similaires aux notes de musique destinées à piloter un synthétiseur ou un logiciel de production musicale. Les éditeurs ou constructeurs de ces outils (Korg, Akaï, Roland, Novation…) ont enrichi leur catalogue avec des périphériques de contrôle comme des claviers, des « drums pads » ou des surfaces de contrôle qui communiquent en MIDI pour exécuter une note ou lancer une séquence musicale préenregistrée.

Ces outils associent souvent aux touches directes, des commandes de défilement et des potentiomètres pour piloter synthétiseurs ou stations de musique numérique. Pour viser un large public, les premiers modèles sont vendus à des tarifs avantageux à partir d’une cinquantaine d’euros.

 

Le contrôleur MIDI Akai APC Mini MK2 regroupe à la fois 64 touches colorées pour lancer des clips, des commandes directes de navigation et 9 faders pour un prix inférieur à 100 euros. © Akai

 

Comme de nombreux créateurs travaillent à la fois dans le monde de la musique et celui de la production vidéo, plusieurs logiciels de mixage vidéo comme OBS Studio ou vMix sont compatibles MIDI et acceptent d’être contrôlés depuis des télécommandes conçues pour le monde musical. Le choix d’une télécommande MIDI constitue pour eux une alternative évidente aux pupitres Stream Deck ou Loupedeck, surtout s’ils en sont déjà équipés.

Comme le mixage sonore exige un équilibre précis entre les niveaux des instruments et des pistes, ces télécommandes sont la plupart du temps pourvues de réglages de niveaux avec de nombreux potentiomètres rotatifs ou linéaires alors que les « boîtes à boutons » en sont dépourvues même si la situation évolue avec des produits plus récents.

Néanmoins, le choix d’un pupitre de télécommande MIDI est contrebalancé par deux inconvénients. Les touches de commandes directes en particulier sur les PAD sont des boutons lumineux, avec choix de la couleur par l’utilisateur ou le retour d’état mais sans aucune indication écrite ou graphique comme sur les pupitres Stream Deck ou Loupedeck ou les interfaces de Companion. Il faut obligatoirement retenir leur fonction selon leur position. Ensuite la programmation des commandes exige un minimum de connaissance de l’univers MIDI avec la syntaxe de commandes (message, port, canaux, notes, velocity…). Il existe aussi des logiciels de conception d’interfaces de commande compatibles MIDI ou OSC, destinés aux tablettes comme MIDI Designer, TouchOSC ou Open Stage Control.

Même si le choix d’un pupitre de commande MIDI constitue une alternative intéressante pour les utilisateurs qui ont déjà une expérience dans l’univers de la MAO, la maîtrise du protocole MIDI reste un obstacle à surmonter pour les autres.

 

Les boîtes à boutons face aux pupitres dédiés

Avec un coût modéré et une large palette de plug-ins capable de dialoguer avec une multitude de logiciels, les boîtes à boutons sont devenues des accessoires incontournables dans les régies de production. Vincent Berry rappelle « qu’elles ont d’abord conquis le monde du streaming et de l’eSport. Des réalisateurs de WebTV les utilisent comme pupitre principal en association avec un vMix. Mais les réalisateurs plus habitués aux mélangeurs traditionnels les cantonnent à la gestion de fonctions accessoires : rappels de pages d’habillage graphique, lancement de séquences enregistrées ou pilotages de périphériques ». Il constate que l’action directe sur le bouton d’un Stream Deck n’est pas aussi franche et confortable que sur un vrai pupitre de mélangeur.

 

Les surfaces de contrôle xTend de MakePro X accueillent un pupitre Stream Deck pour élargir la palette de commandes. © MakePro X

 

TRM distribue à la fois des pupitres ou des surfaces de contrôle comme les Skaarhoj ou les MakePro X mais aussi des outils simplifiés comme le Stream Deck et le Loupedeck. Olivier Le Bars, son directeur marketing, explique que « le Stream Deck répond bien aux besoins quand il s’agit de rappeler des presets d’une caméra PTZ, lancer un streaming ou piloter un mélangeur de type logiciel ou fonctionnant en mode SaaS. Pour des activités de production plus sophistiquées, il est nécessaire de pouvoir ajuster ou affiner des niveaux ou des réglages grâce à des potentiomètres linéaires ou rotatifs. Du coup, les pupitres ou surfaces de contrôle retrouvent un intérêt avec une palette de commandes adaptées à chaque geste. »

L’une des originalités de la gamme MakePro X est la série xTend qui accueille en partie supérieure un pupitre Stream Deck. Plusieurs versions sont proposées selon le nombre de potentiomètres linéaires, quatre ou huit, et les dispositifs complémentaires : joystick ou T-bar et le nombre de touches à accès direct. MakePro X a développé Glue, le logiciel de pilotage et de configuration associé à ses pupitres. Il assure l’interface vers de nombreux équipements de production. Il fonctionne en lien avec Companion pour associer les commandes gérées par le pupitre Stream Deck.

Olivier Le Bars pense que « cette association constitue un niveau intermédiaire entre les télécommandes simples à boutons style Stream Deck et les vraies surfaces de contrôle dédiées. »

 

Article paru pour la première fois dans Sonovision #33, p. 26-32

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