Les professionnels de l’audiovisuel sont concernés, comme dans tous les autres métiers, par la prise en compte des contraintes et obligations vis-à-vis du respect de l’environnement. D’un côté, les technologies évoluent sans cesse nécessitant toujours plus de ressources. De l’autre, ces mêmes ressources sont amenées à être limitées, soit factuellement, soit à travers de nouvelles règlementations.
Analyser l’existant

Limiter son empreinte carbone, c’est avant tout savoir la mesurer. On ne peut réduire que ce que l’on connaît. Premier sujet venant à l’esprit qui s’applique à tous les domaines sans exception : quand on pense carbone, on l’associe immédiatement à la pollution des véhicules. C’est effectivement l’un des postes que l’on peut surveiller et réduire. Passer d’un véhicule essence ou diesel à un modèle hybride ou tout électrique améliorera forcément le bilan carbone global d’une entreprise.
Prendre le train au lieu de l’avion pour se rendre à un rendez-vous ou pour aller visiter un salon représente une autre action positive pour l’entreprise. Mais un bilan carbone ne se réduit pas uniquement aux transports. Ce n’en est qu’une composante parmi d’autres. Chaque étape d’un projet, chaque achat, chaque action peuvent être analysés sous le prisme de leur impact environnemental afin de réduire les émissions de carbone de son activité. C’est ainsi que tout doit être mesuré. Il existe heureusement des outils pour faciliter ce travail fastidieux d’analyse tellement il touche à un grand nombre de données dans des univers complètement différents.

Le lieu dans lequel on exerce son activité est un poste majeur. Les différentes consommations d’énergie et de fluides peuvent toujours être optimisées. Si ce n’est pas le cas, un déménagement vers un lieu plus efficace doit s’envisager, à moins que des travaux puissent être entrepris. Pour la bonne tenue de l’activité, sans avoir forcément à modifier les processus de travail, des efforts peuvent être planifiés à tous les niveaux, de la consommation de papier de l’imprimante au recyclage des déchets en passant par la sobriété des équipements informatiques et l’automatisation des équipements électriques : éclairage, chauffage, climatisation, ouvrants…
La mise en place d’un tableau de bord s’impose. Il peut prendre la forme d’un simple tableau Excel dans lequel on va entrer chaque mois les données pour en obtenir une vision globale et trouver des pistes d’amélioration. Pour de grosses entreprises, un tableau de bord automatisé sera avantageusement mis en place. Il existe des solutions complètes pour les bâtiments les plus complexes comme des outils open source mieux adaptés à de toutes petites structures.

Mieux sélectionner ses partenaires
D’après Global Climate Initiatives, 80 à 90 % des réductions potentielles de l’empreinte carbone d’une entreprise se trouvent au niveau de ses achats. C’est-à-dire l’importance que représentent les fournisseurs dans le calcul. En effet, l’impact d’une entreprise sur l’environnement ne se limite pas à ses seules actions. Il prend en compte toute la chaîne de valeur, en amont comme en aval, l’impact des achats comme du fonctionnement à venir du matériel installé. On ne peut se contenter de mesurer la consommation de son véhicule pour se rendre chez le client ni la consommation électrique de son ordinateur portable.
La solution la plus simple consiste à travailler avec des fournisseurs qui ont eux-mêmes entrepris une démarche de réduction de leur empreinte carbone. C’est la façon la plus efficace de procéder. Toutefois, il y a des limites à l’exercice. Un intégrateur solutionne des problématiques toujours plus complexes pour ses clients pour lesquels il n’existe pas forcément une multitude de réponses. Celle-ci peut être unique au niveau de sa disponibilité et reposer sur l’importation de produits très spécifiques fabriqués à l’autre bout du monde. Est-il possible de contourner la solution la plus évidente mais la moins « élégante » en procédant totalement autrement ? Sortir des habitudes, trouver des alternatives, mettre en concurrence ses fournisseurs : ce sont autant de tâches que les intégrateurs AV devront forcément initier à plus ou moins court terme.

Le lieu de fabrication initial des composants n’est pas le seul élément entrant en jeu. Dans beaucoup de cas, il n’existe pas encore d’alternative, bien que la fabrication en Europe se développe de plus en plus dans certaines catégories d’appareils. Cependant, on peut porter attention à la façon dont sont acheminés les produits. Un stock permanent européen indique que les appareils sont importés par grande quantité, souvent en bateau. C’est plus vertueux que de multiples petites commandes arrivant par avion. Il en va de même pour la livraison depuis les locaux du fournisseur ou du grossiste jusque chez l’intégrateur. Les commandes groupées sont à privilégier, les livraisons unitaires chez le client final sont à éviter.
Tout cela peut avoir un impact sur les méthodes de travail car elles doivent être revues à la lumière de ces contraintes liées à l’environnement. On veut souvent parer au plus rapide, à l’exception de toute autre contrainte. Le « temps long », avec d’autres méthodes de préparation et de planification, est déjà une réponse. La collaboration devra être encore plus fine entre partenaires pour atteindre les objectifs de réduction de l’empreinte carbone, au bénéfice des uns comme des autres.

Profiter des technologies les plus innovantes
Réduire son empreinte carbone de bout en bout, c’est mettre en place des solutions respectueuses de l’environnement chez ses clients, car eux aussi doivent faire cet effort. Ils doivent donc exiger de leur fournisseur, l’intégrateur audiovisuel, de leur proposer des solutions plus vertueuses. C’est une boucle globale où l’effort est nécessaire à chaque étape, pour tout le monde. Après avoir sélectionné des fournisseurs efficaces de produits ayant un impact le plus réduit possible, il faut également que ces mêmes produits produisent le même effort lors de leur fonctionnement.
Le label Ernegy Star qui existe depuis de nombreuses années est une bonne piste. On le trouve majoritairement sur les amplificateurs audio. Son rôle est de garantir une consommation électrique minimale lorsque l’appareil n’est pas utilisé, avec en plus une mise en veille automatique pour éviter les consommations inutiles. Pour rester dans l’audio, la technologie PoE est à privilégier. Elle permet de faire passer à la fois le réseau et l’alimentation dans une unique connexion Ethernet RJ45. L’appareil alimenté de cette façon ne va pas consommer moins. En revanche, il est alimenté directement en courant faible continu, ce qui évite les alimentations 230V vers 5V, 12V ou 24V. En plus d’être encombrants sur les multiprises, ces petits transformateurs sont générateurs de perte d’énergie transformée en chaleur. Autant s’en passer quand cela est possible, et c’est de plus en plus le cas dans le monde de l’audio.

La catégorie des écrans est particulièrement scrutée en termes de consommation électrique. Avec des écrans toujours plus grands approchant ou dépassant les 100” de diagonale, les kWh consommés peuvent vite grimper. Il existe deux leviers pour les réduire ou tout du moins les maîtriser. Tout d’abord en comparant les propositions des fabricants qui peuvent varier assez distinctement en termes de consommation réelle. Les fabricants progressent dans ce domaine devenu crucial. D’une année sur l’autre, certains sont capables de renouveler une gamme en annonçant une consommation réduite d’un quart, voire de la moitié. En utilisant des composants internes plus efficaces, ils peuvent garantir ce gain. Sans avoir à changer les écrans, l’autre solution consiste à en modifier les réglages. Baisser la luminosité réduit fortement la consommation. Une image moins lumineuse peut parfois convenir aux usages, sans détriment sur le confort de vision et donc de travail.

Plus globalement, les prises contrôlées représentent une catégorie d’accessoires participant à atteindre les objectifs. Sous forme de prise unique, de barrette multiprises ou de modules pour tableau électrique, elles sont connectées et programmables. Il est ainsi facile de planifier l’allumage et l’extinction de multiples équipements de toutes sortes afin d’éviter qu’ils consomment de l’énergie en permanence, nuit et week-end y compris. Les prises contrôlées peuvent s’intégrer dans des systèmes de gestion plus larges car elles parlent les protocoles de communication les plus courants. On en revient à l’importance du tableau de bord général offrant une visibilité sur toutes les fonctions du bâtiment afin d’agir sur leur consommation.
Ce tableau de bord n’est pas seulement destiné au client final. L’intégrateur a tout intérêt à proposer des produits sur lesquels il peut prendre la main à distance. D’une part, cela lui permet de s’assurer de leur bon fonctionnement en commercialisant une offre payante de maintenance annuelle par exemple. D’autre part, et dans l’optique de réduire son empreinte carbone, l’accès à distance aux parcs de produits installés évite les déplacements. Relancer un appareil bloqué ou le mettre à jour se fait en quelques clics. De plus, les tableaux de bord associés offrent toujours plus de fonctionnalités, dont une surveillance automatique qui va prévenir l’intégrateur en cas de problème potentiel à régler.

Les organismes de certification
Pour être certain d’activer les bons leviers et d’analyser les bonnes données pour obtenir des résultats tangibles, il est possible de s’en remettre aux organismes de certification. La plus connue est la norme internationale ISO 26000, renommée en France sous le terme RSE ou Responsabilité Sociétale des Entreprises. Cela concerne différents aspects de l’entreprise, dont le respect de l’environnement. Un portail en ligne permet de vérifier les obligations de chaque entreprise à ce sujet. Sachez que les micro-entreprises ne sont pas soumises à la RSE pour l’instant. Pour les autres, il existe des spécialistes accompagnant les entreprises dans leur politique RSE.
La norme ISO 14067 s’intéresse quant à elle aux fabricants et à l’empreinte carbone de leur produit. Si vous avez le choix, vous avez tout intérêt à privilégier des produits certifiés par cette norme assurant le respect de l’extraction des matières premières, le transport, la fin de vie, mais aussi l’emballage. C’est pourquoi on voit de plus en plus de produits dont les cartons ne renferment plus aucun plastique.
Tout est finalement question d’arbitrage. Les produits des fabricants les plus écoresponsables se sélectionnent autant sur leurs caractéristiques techniques que sur leur conception, leur consommation électrique en fonctionnement et la gestion de leur fin de vie. Le numérique, le cloud, les serveurs ont aussi un impact sur la planète. Dans ce domaine, il existe des solutions d’écoconception des services numériques. Bien que les services distants pour ne pas avoir à se déplacer inutilement fassent économiser des rejets de CO2, ils en consomment par ailleurs pour leur fonctionnement 24h/24.

Dans tous les cas, il faut revoir ses habitudes. Il y a toujours un effet de résistance au changement car le gain ne semble pas toujours évident au quotidien. Quoi qu’il en soit, il faudra intégrer la réduction de l’empreinte carbone à tous les métiers. Alors autant être préparé et prendre le sujet en main dès que possible, les fabricants sont là pour accompagner les intégrateurs sur ce sujet.
Article paru pour la première fois dans Sonovision #36 p.54-59


