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Le streaming au cœur de la diffusion à distance (partie 2/3)

Dans cette deuxième partie de notre dossier tiré du Sonovision #29, nous vous expliquons comment réussir votre live, genre autrefois réservé aux grosses productions mais qui s’est incroyablement démocratisé.

Publié le 15/05/2023

 

Du fait de différentes évolutions technologiques, à commencer par celles de l’Internet et du réseau cellulaire, le live s’est démocratisé. Grâce aux facilités de connexion que ces réseaux permettent, il est désormais possible de filmer et d’émettre un signal vidéo directement depuis un smartphone, un caméscope, un ordinateur et bien sûr depuis une régie. Il n’est donc guère étonnant de voir se multiplier quantité de diffusions en temps réel, qu’il s’agisse de réunions en visioconférence, d’événements relatés sur les réseaux sociaux ou de productions broadcasts bien plus conséquentes. Au milieu de toutes ces créations comment déterminer si un live est réussi et quels sont les secrets pour ce soit le cas ?

Un des premiers critères pour juger du succès d’un live est déjà qu’il ait pu se faire sans souci technique. Bien que les progrès soient constants et que les réseaux gagnent grandement en bande passante et en fiabilité, les incidents peuvent survenir, généralement liés à des pertes de transmission. Afin d’assurer l’émission du signal vidéo, on peut s’appuyer sur une antenne satellite, une connexion Internet par IP ou sur le réseau de téléphones portables, en 4G voire 5G. En fonction du lieu où on se trouve pour effectuer ce live et du budget à disposition, on choisit l’une ou l’autre de ces solutions, voire on les multiplie si on en a la capacité afin que l’une puisse prendre le relais de l’autre en cas de souci.

 

Dans certains endroits, la seule connexion possible est celle des satellites, comme ici pour un live opéré depuis une montagne d’Alaska pour une compétition du Freeride World Tour. © Aurélie Gonin

 

Pour vous donner un exemple, j’ai réalisé le live d’un événement sportif qui se tenait dans une vallée perdue des montagnes nippones : le Freeride World Tour. Bien que le Japon soit un pays très développé au niveau des technologies, le réseau de téléphone était insuffisant pour envoyer le signal d’une vidéo HD depuis la régie, mise en place dans ce site.

Un opérateur de téléphone, qui était partenaire, a installé un camion-antenne relais en bout de vallée pour amplifier le signal le temps de la compétition, mais pour plus de sûreté, ont aussi été installées des antennes, l’une reliée à un satellite et l’autre créant un pont IP en HF depuis le réseau Internet d’un restaurant d’altitude situé sur une montagne dominant la zone. C’est grâce à cette prévoyance que nous avons pu retransmettre sans interruption les quatre heures d’actions de ski et snowboard depuis cette région reculée du Japon.

Il est donc impératif de s’assurer de la fiabilité et de la stabilité du réseau, ou des réseaux, utilisés pour le live, que l’on soit en pleine nature ou dans des endroits bondés comme les stades. Dans le cas d’une connexion Internet ou cellulaire il est donc impératif de multiplier les tests de débit afin de veiller à ce que celui-ci soit plus que suffisant pour transporter un signal vidéo, à savoir plus de 1,5 Mbit/s montant constant pour du 720p, 3 Mbit/s en HD, et on envisagera de l’UHD si on bénéficie de plus de 13 Mbit/s.

On peut aussi s’appuyer sur des solutions dédiées, comme celles de LiveU, TVU, Aviwest, Dejero qui sont des unités de transmission pour créer une connexion fiable à large bande passante et ainsi partager de la vidéo en direct sur toutes les plates-formes de diffusion. L’accès au réseau est ainsi un facteur déterminant dans la réussite d’un live.

Le programme, qui est généralement une succession d’images provenant de plusieurs sources, peut être généré à partir d’une régie traditionnelle, auquel cas c’est l’expertise du directeur technique qui détermine les équipements et les connections permettant d’obtenir le meilleur résultat, ou à l’aide de solutions tout-en-un simplifiées comme celles proposées par Newtek.

Il est aussi possible de créer un live depuis un ordinateur ou une tablette, à minima avec la webcam et les applications de visioconférence, tant utilisées depuis la distanciation sociale, ou avec celles conçues pour mixer et diffuser les images de plusieurs caméras, comme celles de LiveU cité précédemment.

Afin d’améliorer la qualité visuelle, on connecte au mélangeur ou à l’ordinateur des caméras externes, par exemple la BlackMagic Video Assist qui combine les outils de prise de vue et de streaming. Certains caméscopes intègrent désormais des systèmes de diffusion, tels que le JVC GY HM250 E qui offre même la possibilité d’ajouter des graphiques personnalisés au flux envoyé directement depuis l’appareil. Outil tout-en-un par excellence, le smartphone peut à lui seul faire office de solution de captation et de diffusion, sur toutes les plates-formes dédiées (Open Broadcaster, XSplit Broadcaster, YouTube Live, Facebook Live, Skype, Zoom, Twitch, Periscope, Livestream, Wirecast, etc).

Il existe aujourd’hui une grande variété de solutions pour créer un live, allant du smartphone diffusant sur un réseau social à la retransmission des Jeux Olympiques sur toutes les chaînes de télévision de la planète. On choisit la plus adaptée à notre sujet et à notre budget bien sûr, afin de s’assurer le premier critère de succès qu’est celui de la réussite technique. L’enjeu est ensuite d’attirer et de conserver l’attention des téléspectateurs, fortement sollicités par une immense profusion de vidéos de toutes sortes : un live réussi est peut-être celui qui est regardé dans son intégralité ! Nous allons dorénavant nous pencher sur le contenu du programme qui détermine son intérêt et sa qualité.

 

Imaginez

Imaginez que vous ayez à faire une intervention, par exemple lors d’une réunion, une conférence ou un plateau de télévision. Allez-vous déverser un flot de paroles en laissant le fil de vos pensées les guider ou allez-vous au préalable lister les points que vous souhaitez aborder, les hiérarchiser et les organiser ? Il est sans doute préférable pour vos auditeurs que vous fassiez le second choix car il sera nettement plus facile pour eux de suivre votre argumentation. C’est exactement la même chose pour un live.

Certes, nous n’avons pas la maîtrise de tout ce qui va se dérouler pendant celui-ci, et c’est là ce qui fait sa magie et son attrait, mais malgré tout il faut structurer son contenu afin qu’il soit intelligible pour le spectateur, qu’il puisse en suivre le fil conducteur.

Cela signifie concrètement qu’il faut au préalable avoir écrit tout le déroulé de l’émission, qui va être composée de plusieurs séquences à l’intérieur desquelles vivra la spontanéité du direct, mais qui seront organisées entre elles de manière rigoureuse. Un live commence généralement par un générique, suivi d’une introduction présentant les divers intervenants et le sujet qu’ils vont traiter, avant d’entrer dans le vif du sujet, à son tour découpé en séquences successives, pour se terminer avec un résumé de ce qui vient d’être présenté, clôt par un générique de fin.

Plus un programme est long et plus il est nécessaire de le rendre dynamique. Pour cela, il faut multiplier les sources le composant, qui sont déjà les différents angles de prise de vue filmant son contenu, mais aussi toutes les vidéos créées en amont ou même pendant le live et que l’on va venir insérer aux moments clés. Il s’agit des génériques bien sûr, mais aussi de virgules venant introduire les différentes phases de l’émission, des portraits des protagonistes, présentations du lieu, de l’événement, etc. Par exemple pour une compétition sportive, la séquence d’introduction va présenter le contexte, le site, les intervenants, les enjeux du jour puis, pour chaque athlète, on va dérouler un court portrait, observer sa prestation, montrer les moments décisifs au ralenti, avant de donner son résultat et d’enchaîner sur l’athlète suivant, avec la même succession de phases. Ce qui est vrai pour du sport l’est pour tout type de sujet : l’ensemble est structuré en blocs principaux à l’intérieur desquels se répètent des blocs secondaires, le tout formant une composition cohérente.

Afin d’apporter des informations complémentaires, on fait appel à des synthés, à savoir des incrustations de textes qui viennent se superposer au flux d’images. Ils mentionnent le nom et la fonction des intervenants, éventuellement leur pays ou tout autre renseignement pertinent dans le contexte, mais peuvent aussi introduire des statistiques diverses, des graphiques, des listes de joueurs, des grilles de résultats, etc.

 

Un conducteur clair et précis est la clé d’un live réussi. © RedBull TV

 

Un document unique

La liste de tous les contenus destinés à intervenir dans le live doit être rédigée dans un document unique qui va servir à l’équipe en charge de mener cette émission : le conducteur, ou rundown. Il s’agit d’une suite chronologique décrivant de manière synthétique toutes les séquences qui vont se succéder et les éléments qui vont les composer. Sous la forme d’un tableau avec autant de lignes numérotées que d’objets, il apporte les informations de durée de chaque unité, mais précise aussi si la source est le direct, filmé par les diverses caméras, une vidéo pré-produite ou un montage de moments forts du live préparé pendant celui-ci, si ces sujets sont sonores ou muets, accompagnés de graphiques, etc. Ce conducteur sert de document commun à toutes les personnes à l’œuvre, donc il doit être clair et complet pour servir de fil directeur aussi bien aux présentateurs qu’au réalisateur, à l’opérateur magnéto qu’à l’ingénieur du son. On s’en doute, un soin tout particulier est à apporter à sa rédaction et à sa clarté car c’est ce qui garantit un programme parfaitement orchestré.

 

La part de l’improvisation

Bien entendu une part est laissée à l’improvisation en fonction de ce qui se déroule sous nos yeux « en direct », mais plus le contenu est anticipé moins on court le risque d’avoir des fautes de réalisation qui ne manqueront pas de sauter aux yeux des spectateurs. Il faut donc aussi avoir réfléchi en amont aux différents cas de figure pouvant se produire et établir des protocoles pour le comportement à adopter si ceux-ci adviennent, afin de limiter les erreurs dues à la surprise.

Pour reprendre l’exemple précédent de la compétition de freeride, je sais exactement quelle réalisation adopter en cas d’accident d’un des athlètes et mes cadreurs sont briefés pour filmer la scène d’une manière très précise afin d’apporter une information aux spectateurs tout en respectant la personne qui vient potentiellement de se blesser. Une certaine tolérance est donnée aux productions vidéo en live car tout le monde comprend cette notion d’imprévu, mais malgré tout il faut garantir le maximum de fluidité au programme.

 

Un live bien préparé, du point de vue technique comme dans son contenu, a plus de chances de se dérouler de manière fluide et de limiter le stress de toute l’équipe. © Adobe Stock / MyStockVideo

Une bonne préparation en amont

Un live bien préparé, du point de vue technique comme dans son contenu, a plus de chances de se dérouler avec aisance et ainsi d’être agréable à regarder, mais aussi de limiter le stress de toute l’équipe. Quand tout se passe bien cette tension nerveuse liée aux heures de concentration intense est une énergie très vivifiante et positive mais elle peut aussi devenir difficile à gérer quand les choses ne se passent pas comme prévu. Bien qu’il s’agisse de direct, on peut grandement s’aider à produire un contenu de qualité en ayant effectué une bonne préparation, afin de délivrer un programme captivant pour son audience, quelle que soit sa durée.

Avec la multiplication des vidéos de toutes sortes sur tous nos écrans, on peut imaginer que l’attrait pour le live continue de progresser car l’excitation du direct et du réel viennent stimuler notre expérience de spectateurs.

 

Extrait de l’article paru pour la première fois dans le Guide des décideurs AV 2022 et repris dans Sonovision #29, p. 38-50

Lire ici la partie 1 – Partie 3 à paraître la semaine prochaine !

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